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Discussion: Le Pays des Rêves

  1. #1
    Plumiste Avatar de landsofoniria
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    01/10/2008
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    Par défaut Le Pays des Rêves

    Bienvenue dans ce qui reste de Mea-Diriel.

    Ce que vous voyez ici sont les ruines du village. Et plus loin au nord, voici ce que vous attendiez tous de voir, c'est là la vallée que nous appelons Terres d'Oniria. Ses luxuriantes forêts, ses magnifiques montagnes n'ont pas encore été conquises par la cupidité, les guerres, la haine, la violence, et tout ce qui fait le monde des humains, qui s'étend à l'est, à l'ouest et au sud d'ici.

    Au fond de la vallée, vous apercevrez le Mont Megisto, autrefois appelé Mont Sombre pour des raisons que vous connaissez déjà. Vous voulez observer? Vous désirez dépasser les frontières d'un monde connu? Alors pénétrez donc les denses et vivantes forêts d'Oniria! Leurs surprises n'attendent que vous! N'oubliez pas de prêter garde aux murmures des arbres majestueux qui vous entourent.

    Le Pays des Rêves est accueillant, certes, mais prenez garde à ne pas y laisser votre vie.

    Cette vallée vous racontera quatre épisodes du monde. Vous y verrez d'abord Les Chroniques de l'Empire Noir, auxquelles feront suite Les Chroniques d'Oniria. Viendront derrière des éléments étranges, nommés "Autres Textes", puis en bout de file, "poèmes divers".

    Le principal est dit, restez sur vos gardes à Oniria. Cette vallée n'est pas commode... Et pas civilisée!

    Je vous souhaite maintenant une agréable visite, et n'oubliez pas de laisser trace de votre passage!

    Les Chroniques de l'Empire Noir

    Simple texte qui s'insère dans Les Chroniques de l'Empire Noir.

    Partie première: Trahison

    La vue depuis la tour était splendide. Le royaume avait au moins cela d'attirant. Le mur d'enceinte s'étendait bien loin devant, il encerclait les récoltes et les maisons des paysans. Plus au centre, on apercevait les petits châteaux des guerriers, entourés d'un second mur. Et au-delà des limites de ce royaume, on distinguait le vert magnifique des forêts, le bleu des lacs et des fleuves, et le gris-noir des rocs et des falaises. La tour était perchée dans une falaise à quelques centaines de mètres au-dessus de rochers escarpés, qui dominaient eux-même la région Kahr. Dix mètres plus haut que le sommet se trouvait la pointe de la montagne. Assis devant la meurtrière, Shahar attendait. Le roi des Kahrs avait bien choisi son camp. Pourtant, voilà des siècles qu'il cherchait à dominer le monde. Et une ridicule forteresse l'en empêchait. Une forteresse emplie d'hommes valeureux, de guerriers hors-pair par naissance. Ces guerriers était pourtant humains. Les Khars vivaient jusqu'à mille ans, et leurs guerriers passaient leur temps à s'entrainer au combat. Ils n'avaient subi aucune défaite, jusqu'à ce que ce royaume ridicule décide de faire de la résistance. De minables humains. Faibles, sans avenir, pauvres, seuls et incompris. Des humains qui préféraient sacrifier leur vie inutile plutôt que de jurer allégeance au grand mage et roi des Khars, Ghân.

    La situation était simple. Les Khars étaient trop ambitieux, et les Enorath trop accrochés à leur liberté. Les Khars possédaient le monde, et les Enorath n'avaient rien. Contre toute raison, ils préféraient la guerre à une paix qui leur serait extrêmement favorable. Ghân avait alors décidé de simplement les éliminer. Mais ces guerriers étaient féroces, et il ne parvenait jamais à les vaincre. Il n'avait encore gagné aucune bataille contre eux, et le reste du monde, en sa possession, commençait à le penser plus faible qu'il ne l'avait initialement cru. Dans sa fureur, Ghân avait choisi d'invoquer l'aide de Sarg'thra, et il avait bien choisi. Sarg'thra était le père de Shahar, et Shahar était le meilleur guerrier et général que Sarg'thra ait pu connaître. Les quatre fils du seigneur Doméon avaient été promu au rang de Gardiens de Pandémonium. Ils étaient donc les quatre meilleurs combattants du Royaume du Dessous. Shahar était l'ainé, meilleur que les trois autres. Il avait sous son commandement cinq mille des plus vaillants Doméons. Il n'avait jamais perdu une bataille. Même le roi Anthreaay le craignait, car ses troupes perdaient chaque fois que Shahar s'engageait dans la bataille. Voilà des millions d'années que ces deux races se combattaient, et l'arrivée de Shahar avait forcé Deay à cesser les attaques régulières qu'il envoyait contre les remparts de Pandémonium, car ses Anthreaays mourraient trop vite. Et aujourd'hui, le grand Shahar Ahrimarh Leviathan était envoyé à l'aide d'un pauvre Kahr incapable d'assouvir sa petite volonté cupide. Mais Sarg'thra avait besoin de fidèles, et son fils lui rendrait le service de lui en ramener.

    Shahar contemplait le paysage. Son hôte, le roi Ghân, aurait dû être arrivé depuis longtemps. Peut-être attendait-il que le Gardien Doméon lui soit annoncé. Shahar était entré par la meurtrière. Une mauvaise habitude qu'il avait prise. La lourde porte s'ouvrit enfin, et le roi mage entra. Ils se saluèrent, puis Ghân demanda un rapport sur l'état des troupes du général. Shahar ne voulut pas se montrer impoli, et ravala le rire qui montait dans sa gorge. Les seule races susceptibles de défaire ses Doméons un jour étaient les Anthreaay, ou les Hybrides, et aucun des deux n'était mêlé à la bataille. Il affirma donc qu'au crépuscule du lendemain, la ville forte de Mea-Enorath serait prise. Le roi Kahr ne semblait pas vraiment y croire. Il fallait deux jours de marche pour se rendre à Mea-Enorath depuis la grande tour. Le Doméon déplia ses majestueuses ailes rouges, ce qui fut pour Ghân une réponse suffisante. Il demanda alors la tête du roi des Enorath en gage d'assurance que sa mission avait bel et bien été accomplie. Shahar jura de la lui ramener. Ghân le laissa seul, lui ayant indiqué depuis la meurtrière le château dans lequel lui et son armée pourraient prendre leurs quartiers.

    Shahar pris alors le temps d'observer la pièce. Elle était très singulière, somme toute. Les artefacts et autres objets magiques y jonchaient une table, qui semblait servir de bureau au mage. Des compas, des boussoles, des règles, et autres objets mathématiquement utiles y étaient également entreposés. Shahar s'approcha du bureau, et nota un message des plus étranges: Il portait le sceau de Deay. Une pièce majestueuse, un rond orné d'un écu sur lequel deux épées s'entrecroisaient, et au fond, les deux ailes des Anthreaay, qui semblaient aptes à faire voler un écu. En-dessous se trouvaient les inscriptions de Deay, puissance et gloire, courage et domination. La puissance et la gloire étaient symbolisées par les deux épées, le courage par le bouclier, quant aux ailes, elles exprimaient la main-mise de Deay sur Terre. La mission commençait à sentir la trahison. La bouche de Shahar se fendit de l'esquisse d'un sourire en son coin supérieur gauche. Le fou. Ghân était fou, et Deay paierait cela un jour. Mais l'heure n'était pas à stipuler sur les différentes options que le futur lui offrirait. Il avait promis d'amener la tête du roi des Enorath à Ghân de Kahr, et il la lui amènerait. Rien dans le contrat ne précise ce qu'il devait faire ensuite. Il considéra cependant la folie du roi Kahr. Son tonitruant rire guttural retentit alors dans toute la région encerclée par les enceintes de la ville. Un rire grave, glaçant, démoniaque. Ghân, entendant résonner ce puissant écho de froideur et de haine, se prit à considérer qu'il avait peut-être commis une erreur à laquelle il ne survivrait pas. Shahar sentit le frisson de terreur qui parcourut les terres de Kahr, et il se prit à savourer ce moment. L'ambiance que son rire avait créé était la même que celle qui apparaissait sur les champs de bataille, lorsque lui et ses fidèles Doméons se montraient sur les lignes empoussiérées de l'horizon. Il aimait ça. Il s'y vautrait, s'y délectait, il se sentait vivre dans ces moments-là.

    Il se dirigea lentement vers la meurtrière et sauta dans le vide. Il déploya ses ailes immenses et plana longtemps au-dessus du pays de Kahr. Il devait effectuer un contrôle des troupes, afin de ne pas passer pour un général peu sérieux. Il savait que c'était inutile, que le respect que ses Doméons avaient acquis en sa faveur les portait à ne jamais le décevoir, dans la mesure du possible. Mais il ferait cela, par convention. Il descendit lentement vers la grande porte de la ville, ou ses troupes l'attendaient. Il leur indiqua le château où ils passerait la nuit, puis passa en revue chaque guerrier qui y entrait. Il sentait en lui la peur que les Doméons inspiraient autour d'eux. Il vivait cette peur, et mieux encore, il vivait de cette peur. Le lendemain, ils incendieraient des innocents. Cela, Shahar ne se plaisait aucunement à le faire. Mais il avait promit à son père des fidèles. Un Doméon n'a qu'une parole. Une fois que tous les guerriers furent dans le château, et eurent installés leurs peaux sur lesquelles ils passeraient la nuit, Shahar alla dormir. Il rêva. Les rêves habituels. Il sera condamné par son père, et devra fuir Pandémonium. Seulement, le rêve n'en précisait pas la raison. Il ne le troublait même plus, tant de fois il avait rêvé de cela.

    Partie deuxième: Massacre


    La nuit fut courte. A l'aube, les Doméons se préparaient à partir en guerre. Shahar, comme à son habitude, prononça un discours d'encouragement, puis entonna l'hymne de guerre de son bataillon. Une hymne pour le moins sanglante, qui mentionnait la création du monde, l'honneur et le respect accordés aux Douzes, mais surtout les batailles entre Doméons et Anthreaays. Elle était emplie de piques perçant des chairs, de masse d'armes faisant éclater des crânes, d'épées tranchant des membres et de flèches fichées dans des yeux. Une fois l'hymne terminée, le bataillon se mit en marche jusqu'à la porte de la cité. Les gardes ouvrirent cette porte massive, en bois incrusté de métal, montèrent la herse et abaissèrent le pont-levis. Quelle mesure ridicule. Shahar ne pris même pas la peine de faire sortir ses troupes. Les Doméons s'envolèrent avant d'avoir passé la porte, laissant les gardes stupéfaits et béats devant leur propre manque de perspicacité. Effectivement, des créatures ailées ne sont pas forcées de marcher comme tout le monde pour sortir d'une cité. Après une demi-journée de vol, ils firent halte pour manger et se désaltérer avant la bataille. Puis ils reprirent leur envol, et arrivèrent en vue de la cité forte de Mea-Enorath. Shahar avertit ses troupes: il voulait la tête du roi. Il se dirigerait donc dans la forteresse, irait chercher le roi, puis les Doméons incendieraient la ville, en plaçant cent d'entre eux à chacune des cinq portes de la cité, pour massacrer les éventuels survivants, qui tenteraient de s'échapper. Ils firent selon son ordre. Shahar plongea sur le château, et se posa à l'entrée. Il massacra de son épée gigantesque les douze gardes qui se trouvaient là, puis entra. Les Enorath avaient beau être d'excellents guerriers, ils ne pouvaient faire face à l'expérience que Shahar avait accumulée durant des millions d'années. Shahar ne savait pas où se trouvait la salle du trône. Il erra donc au hasard des couloirs du château, massacrant tout sur son passage; Gardes, hommes, femmes, enfants, et même les animaux de compagnie. Il arriva finalement devant une lourde porte en chêne sculptée de motifs végétaux, flanquée de quatre gardes. Il les toisa quelques secondes, puis leur demanda de sa voix d'outre-tombe si le roi était disponible. L'un des gardes frappa à la porte, et un serf ouvrit. «°On demande sa Majesté°», dit simplement le garde. Le serf referma la porte. Il reparut un peu plus tard, et proposa à Shahar d'entrer. Le Doméon suivit alors le serf dans la salle. Le roi des Enorath était étonnamment jeune. Une vingtaine d'années, peut-être. «°Vous voulez ma tête?°» demanda-t-il sur le même ton que s'il avait commandé une bière à la taverne. Shahar réprima un sourire: «°Ton courage ne te servira de rien. Je viens te chercher, ta tête est en effet la preuve que je dois ramener. Sache que je n'ai rien contre toi, personnellement°». Il pris le roi dans ses bras énormes, le désarma, puis sauta de la fenêtre et s'éleva dans les airs. En apercevant cela, les Doméons firent comme convenu. Ils envoyèrent des déferlantes de feu sur la ville, qui brûla en quelques minutes. La centaine de personnes qui avaient tenté de s'échapper s'était faite sauvagement massacrer devant les portes. Le roi était le dernier des Enorath encore en vie. Shahar le reposa sur le sol, au milieu de ses troupes ivres de la mort qu'elles avaient répandue. Il sorti son épée de son fourreau, et sans mot dire, trancha la tête du roi. Le sang avait souillé la Terre ce jour-là. Le sang de milliers d'innocents. Shahar adorait tuer, mais il n'aimait pas tuer ceux qui ne l'avaient pas mérité. Il jeta le cadavre dans les braises de la ville, et s'en retourna au pays de Kahr, suivi de son bataillon.

    Il entra par la meurtrière de la tour, comme il était venu la première fois. Ghân l'y attendait. Shahar lui présenta la tête. «°Ma mission est accomplie; j'aimerais maintenant accomplir mon propre geste, pour clore l'histoire°». Il ne laissa pas le temps de parler à Ghân. L'épée du Doméon faucha l'air, et la tête du roi au passage. Le choc avait été si brutal que la tête avait frappé le mur de la tour, où elle avait littéralement explosé. Il sortit alors de la tour, vola en rond au-dessus, puis s'abattit sur elle comme un faucon sur sa proie. Sous l'impact, la tour vacilla, puis sombra dans le vide, dans un fracas de pierres brisées et de barres de fer s'entrechoquant. Lorsque la poussière provoquée par la chute de la tour s'estompa, on pu voir qu'elle avait détruit quelques châteaux en contrebas. Shahar admira son œuvre pendant quelques secondes. Il rejoignit ensuite ses troupes, et leur proposa de s'en aller immédiatement. Les Doméons étaient perplexes, mais ils suivraient toujours leur chef. Il ne leur fallu pas longtemps pour comprendre. Ils entendirent le sifflement qui marquait l'approche des Anthreaays. Ils étaient extrêmement nombreux. Shahar rit: «°Ne vous inquiétez pas trop, nous étions sensés être prisonniers de la magie du roi Ghân à l'heure qu'il est°». Il laissa à nouveau son rire puissant retentir dans les montagnes, traverser les plaines, les forêts et les fleuves. Son bataillon se retourna pour affronter les Anthreaays. Mais les Anthreaay ne souhaitaient pas vraiment se mesurer à cinq mille des meilleurs Doméons en état de se battre, et encore moins s'ils avaient le grand Shahar Ahrimarh Leviathan à leur tête. Ils firent donc demi-tour. Pour faire bonne figure, les Doméons les poursuivirent et en tuèrent quelques uns dans le dos, pour les ramener chez eux et montrer que les lâches leur avaient tourné le dos pour fuir. Ils firent route vers Pandémonium, qu'ils atteignirent trois jours plus tard.

    Fin


    Les Chroniques d'Oniria

    A l'origine, ce texte était destiné à un battle, mais après annulation, je l'ai retravaillé de manière à en faire une part des Chroniques d'Oniria.
    Partie première: Scribe.


    La mémoire. Il se souvenait de chacun de ses mots, de chacun de ses actes. En des temps plus anciens, il avait pu montrer ses aptitudes au combat. Il avait pu être grand, admiré, adulé même. Et voilà qui il était devenu. Un être misérable, condamné à se cacher. Un être qui devait trop souvent changer de lieu de résidence pour ne pas être découvert, Un être qui voyageait sous une longue cape noire, la tête dissimulée sous une large capuche, afin que personne ne puisse se souvenir avec précision des traits de son visage. Du magnifique guerrier qu'il était autrefois, il ne restait plus qu'un vagabond décrépit, rongé par la fatigue, la déception et la tristesse.

    C'est en soi ce qui m'a convaincu de lui accorder mon crédit. Mettez-vous à ma place, moi qui écrit ces lignes. Vous passez votre temps à boire dans une taverne mal famée, et un jour, un être imposant vient vous demander d'écrire son histoire, d'être son scribe personnel. Il vous assure que son père avait un scribe, et qu'il ne pouvait connaître celui-ci qu'à travers les récits de son écrivain. Il vous parle d'une cosmologie étrange, ancienne, et néanmoins prenante de véracité. Il vous parle de démons, d'anges, d'Entités supérieures dont tout être mortel sur Terre ignore l'existence. Rien de vraiment tentant au premier abord. Puis, il vous propose un service pour un autre: vous écrivez son histoire, et il vous apprend à manier une épée mieux que personne. Alors, j'ai accepté... Et vous auriez sûrement fait de même. Rien de tel que l'espoir de pouvoir devenir un jours un héros, alors qu'on n'était qu'un minable ivrogne, qui passait plus de temps dans la taverne de la ville qu'auprès de sa famille.

    Il m'amena donc chez lui. Il me parlait déjà de son passé, construit par des combats épiques, des conquêtes, des actes héroïques en tous genres. Et arrivé chez lui, je le pris pour un charlatan. Quelle autre option choisir? Sa masure était un cube de quatre mètres de large sur quatre mètre de long, composé de rondins de bois d'épicéa, avec un toit de paille, pentu. Aucun foyer à l'intérieur, seulement une table, deux chaises, un lit de paille improvisé. Quel pauvre lieu. Je voulu prendre congé de lui, et retourner à ma taverne. Il essaya alors de saisir un objet dans son dos, mais il n'attrapa que le vide – du moins c'était ce qu'il me semblait. Car il tira sur l'objet, qui émit un bruit métallique, le même que lorsque une lame est dégagée de son fourreau. Ma surprise fut totale. Je n'avais jamais vu de magie auparavant. Au moment ou la longue épée fut entièrement tirée de son fourreau,elle apparu dans un éclair aveuglant. Elle était gravée de quatre runes que je ne connaissais pas. Il me les désigna, et les nomma: Feu, Force, Honneur, Fierté. Le code de vie des démons. Je commençait à me demander dans quelle aventure je m'étais embarqué.

    Puis il rangea son épée, et en sortit deux autres, plus courtes, des fourreaux qu'il avait à sa ceinture. Je ne les avait pas remarquées jusque là, car elles étaient dissimulées par sa large cape. Il m'en mis une dans les mains. Après une soirée, je connaissais déjà les rudiments du combat à l'épée. Il en savait long sur l'art du combat, et lorsque je croisais son regard, je pouvais le deviner. Le lendemain au soir, j'avais énormément progressé. Il fut alors décidé que nous alternerions les jours de cette manière: Un jour il me dicte et j'écris; un jour, il m'apprend à combattre. Je devrais le suivre partout, car il était un vagabond. Par conséquent, il ne restait jamais longtemps à la même place.

    Partie deuxième: Décadence


    Dans les moments ou j'écrivais, il m'expliquait les raisons de sa décadence, qui fut, pour ce que j'en sais – et je crois sincèrement en savoir beaucoup, plutôt brutale. Il était ce que les gens de l'Ancien Monde appelaient des Hybrides, ou des Chasseurs. Un doux mélange entre anges et démons. Ces deux races s'entendaient à merveille, mais l'ennui les rongeaient. Ce fut là la cause de l'éclatement d'une guerre. Il la nommait la «°Grande Guerre°». A ce qu'il disait, elle n'avait pas encore pris fin. Les démons se réfugièrent sous terre, et y bâtirent une capitale, Pandémonium. Les anges gardèrent la surface de la Terre, et leur capitale, dans les airs, se nomme Mea-Deay (litt. La ville de Deay, roi des anges). Quant aux Hybrides, appréciés jusque là, ils furent exilés comme une marque d'une entente autrefois très bonne entre les deux races. Lui naquit après le début de la Guerre; il était fils de Shahar et Anthana. Pour éviter sa mise à mort, son père le cacha parmi les humains, donnant comme consigne de lui restituer son épée quand il serait en âge de la porter. Et ceci fut fait. Du fait de ses pouvoirs exceptionnels, il devint l'un des plus grands héros de son temps. Il fit tomber, à la tête de régiments modestes, les plus grandes forteresses de l'Ancien Monde.

    Mais cela devait prendre fin, le destin voulant le pousser à rétablir la paix entre les deux grandes races du monde. Les anges exterminèrent tous les Hybrides exilés, rassemblés au nord, dans ce qu'ils nommaient l'Empire Noir. La bataille fut sans pitié, et aucun des Hybrides ne survécut (bien que les pertes des anges furent environ six fois plus lourdes). Cependant, mon maître combattait parmi les humains. Les anges ignoraient son existence.

    Pour pleurer le génocide, la Terre bougea, et changea ses pays de place. La plupart des anges, des démons et de toutes les races périrent dans le cataclysme. Seul de rares élu survécurent. La vie reprit son cour, à ceci près que les anges apprirent l'existence de mon maitre, et les démons aussi. Les deux races se mirent alors à le traquer, ne lui laissant aucun répit, le forçant à se cacher. Les anges ne voulaient plus d'Hybrides, qu'ils considéraient comme une souillure, et les démons voulaient éliminer l'illégitime descendant de Sarg'thra (Satan), père de Shahar. Interdit à sa puissance, que les démons et les anges repéraient et localisaient trop facilement, mon maitre devint un vagabond, un errant sans but, si ce n'est de retrouver la paix. Il avait du laisser tomber sa gloire d'antan.

    Partie troisième: Gloire et Décadence.


    Cependant, mon maitre, nommément Ashkael, n'avait pas oublié l'honneur, et à quel point il était redevable aux hommes pour avoir sauvé sa vie. Je crois que c'est là la raison pour laquelle il m'a choisi. Un homme sans vie sociale, un homme dont l'inactivité le ramenait à un état proche de la mort. Lui a perdu toute sa gloire. Enfin, peut-être que le verbe «°perdre°» n'est pas adapté. Je crois plutôt qu'il la redistribue autour de lui, comme un noble chevalier, qui donne aux nécessiteux.
    Ashkael a connu une brutale décadence, et m'a permis une ascension accentuée. Je suis maintenant un Seigneur respecté, je vis heureux dans un château, je contente mes sujets du mieux que je peux. Je ne dépense plus d'argent inutilement pour de la bière, laquelle ne me manque même plus. Ma femme vit enfin en paix à mes côtés, et j'ai eu d'elle deux fils, de brillants généraux en formidables combattants, à qui j'ai transmis les secrets que l'Hybride m'avait lui-même appris. Pourtant je ne peux oublier de remercier tous les soirs ce vagabond qui n'a rien, qui est aujourd'hui le moi d'autrefois, un être sans avenir, déchanté et misérable, et qui m'a enseigné à être le lui d'autrefois, un héros glorieux, honorable, fort et fier, animé par la flamme de la vie.

    Une question me tourmente encore cependant. Pourquoi un être tel que lui avait-il choisi de mettre sa vie par écrit, comme son père l'avait fait. Lorsque je le lui demandait, sa réponse était toujours la même: mon père l'avait fait, il est donc de mon devoir d'en faire autant. Je n'ai jamais compris cet acharnement, c'est pourquoi je vois dans son acte une simple volonté d'aider le pauvre, le misérable. La compassion, Ashkael semble connaître cela. Elle ne lui est pas étrangère du moins.

    J'ai donc publié le récit de son histoire. Mais j'ai décidé que je ne devais pas m'arrêter là. Par reconnaissance, par pitié, par amour ou peut-être par compassion pour un être qui me rappelle tant mon passé, j'ai ensuite narré deux vies mises en parallèle: la sienne, et la mienne. J'ai intitulé cet ouvrage «°De la Gloire et de la Décadence°», plaise à ceux que ce titre intéresse. Il substitue cependant à la froide histoire de mon premier ouvrage la chaleur que l'émotion et les sentiments peuvent dégager.

    Fin


    Une autre part des Chroniques d'Oniria, qui explique la fin de Mea-Diriel, et celle de leurs ennemis.
    Mea-Diriel


    - Maman ! Maman !
    L’enfant courait vers la petite cabane. Sa mère sortit, un pli interrogateur fronçait son front inquiet. Son fils était si imprudent, elle n’aimait pas vraiment le voir se balader seul à l’extérieur de son domaine. Son mari était mort voilà un certain temps déjà, et elle devait l’élever seule. L’enfant se précipita vers elle :
    - Regarde ce que j’ai capturé dans la forêt d’Eilyn ! Il tenait dans se petite main un serpent de couleur grise, dont la peau était tachée de motifs bruns et noirs. La langue du reptile sondait l’air, comme s’il ne comprenait pas ce qui était en train de lui arriver.
    - Pose-le tout de suite, mon fils ! C’est dangereux et tu le sais ! L’enfant lâcha le serpent sur le sol. L’animal s’en alla aussi vite qu’il le pouvait, ne demandant pas son reste.
    - Tu sais que je n’aime pas te voir jouer seul dans la forêt. Pourquoi es-tu forcé d’aller là-bas tout le temps ? C’est dangereux ! Ces bois sont emplis de créatures malfaisantes, de bannis qui ne tueraient que pour le plaisir !
    - Mais maman, je veux juste m’amuser…
    - Amuse-toi autrement ! S’il te plaît, il va t’arriver malheur si tu continues à aller là-bas !

    Elle accompagna son fils dans la cabane, puis s’assit sur une chaise, épuisée. Les choses étaient en train de changer, elle le savait bien. Elle sentait qu’il ne lui restait que peu de temps à passer avec son enfant. La forteresse de Mea-Narg avait des vues sur les terres de leur seigneur, et les conditions que les Narguiens proposaient n’étaient pas acceptables. Encore une fois, leur seigneur ne ferait pas seul les frais de son refus. Les Narguiens étaient profondément mauvais, et ils ne partiraient pas sans avoir détruit la plus grande partie du royaume. Les temps étaient sombres. Rien en ce jour ne laissait pourtant présager les obscurs lendemains que le royaume allait vivre. Le soleil brillait, les nuages n’avaient pas décidé de venir gâcher le magnifique bleu du ciel, les oiseaux chantaient, les fleurs étaient écloses et les arbres bourgeonnaient. Les vaches des fermes avoisinantes donnaient du lait en abondance, les papillons voletaient de-ci, de-là, et l’herbe était encore aussi verte et abondante qu’elle pouvait l’être.

    Pourquoi le cœur des hommes était-il empli de tant de convoitise, de désirs de richesses inutiles ? Et pourquoi serait-ce aux pauvres familles d’en faire les frais à nouveau ? Ces questions arrachèrent une larme aux grands yeux verts de Miryia. L’incompréhension lui semblait un fardeau. Elle décida d’aller rendre visite à l’ermite. Lui la comprenait, lui la rassurait, de sa seule présence. Pourtant voilà environ dix années qu’il était arrivé à Mea-Diriel, et personne ne semblait se préoccuper de lui ; elle-même ne connaissait pas son nom. Il faut avouer qu’il était un homme étrange. Il semblait ne pas avoir d’ami, personne ne lui rendait visite, si ce n’est elle, et une autre jeune femme qui restait parfois une ou deux nuits en compagnie de cet homme. Elle prit un sceau de lait, un pain qu’elle venait de ramener du four banal du village, et prit le chemin de la petite masure de bois que l’ermite avait lui-même construite à son arrivée.

    ***

    Elle arriva devant la ridicule porte de bois qui fermait tant bien que mal l’entrée de la masure. Elle frappa trois coups, puis entra. Elle déposa le sceau et le pain sur une petite table de bois dur. Elle se retourna ensuite vers l’homme qui se tenait assis sur un lit de paille, de l’autre côté de la pièce. Si son visage était celui d’un homme sur le point de mourir, son corps démentait immédiatement l’idée que l’on se serait faite de lui en n’ayant vu que sa misérable face envahie par la barbe et les cheveux. Il avait de longs cheveux a peu près lisses, mais sales, d’une couleur que Miryia n’avait jamais vue avant. Ils étaient d’un noir étrange, aux reflets bleutés. Les sages du village disaient que c’était là la couleur des cheveux de démons. Mais l’homme était grand, plus grand que la moyenne des gens, et la largeur de ses épaules surpassait de beaucoup celle de n’importe quel personnage qu’elle connaissait. Il se leva, dépliant son impressionnante stature devant Miryia. Il s’approcha lentement d’elle, et lui murmura un merci à peine audible. Il la contempla pendant un moment, la dévisagea même, comme s’il ne l’avait jamais vue, puis lui proposa une chaise. Miryia s’assit lentement, comme hésitante. Pourtant elle savait qu’il ne lui ferait pas de mal. Il était étrange, bizarre, voire effrayant, mais jamais il ne lui avait fait aucun mal de quelque nature que ce soit.

    Elle prit la parole, comme à son habitude :
    « - Vous en savez long sur le monde, n’est-ce pas ? Vous avez vécu nombre de choses, cela se voit sur vous. » Elle parlait la tête baissée, sur un ton méditatif, comme si elle s’adressait à elle-même, « Je voudrais simplement savoir ce qui se passe dans le monde pour que les humains soient aussi vaniteux et inutilement ambitieux qu’ils le sont. Je voudrais savoir pourquoi nous devons subir les volontés des hommes riches et puissants, nous qui n’avons déjà qu’à peine de quoi manger ». Elle sanglota. L’homme se dirigea alors vers elle, et pour la première fois depuis plus de huit ans qu’elle venait le voir, il la toucha. Il la prit par le bras, lui intimant gentiment de se lever ; ce qu’elle fit. Il l’entraîna ensuite vers l’extérieur, puis dans la forêt. Un sentiment d’insécurité la gagna. La forêt d’Eilyn était dense et sombre, peuplée de toutes sortes de créatures malfaisantes. Elle précédait l’entrée des Terres d’Oniria, cette immense vallée hantée par des êtres dont personnes ne se souvenait, dont la sombre mémoire avait disparue dans les abîmes du passé. Si certains étaient revenus de la forêt d’Eilyn, aucun de ceux qui avaient eu pour projet d’entrer dans la vallée d’Oniria n’en étaient revenu.

    L’homme s’arrêta bientôt. Il se pencha, cueillit une herbe inconnue aux yeux de Miryia. Il la mena ensuite vers Oniria, la rivière qui provenait du Mont Megisto, autrefois nommée Mont Sombre. Les anciens du village disait que le Mont Sombre portait ce nom parce qu’autrefois, les dragons noirs qui l’habitaient volaient autour de son sommet, et qu’ils en assombrissaient les flancs par l’ombre de leurs immenses ailes. L’ermite sortit une fiole de sa cape, et la plongea dans la rivière. A l’aide de l’une des deux épées courtes qu’il portait toujours à sa ceinture, il trancha un morceau d’écorce d’un frêne avoisinant, et il y grava une rune. Il plaça la plante qu’il avait cueillie dans la rune, de manière à ce que celle-ci prenne la forme de la rune gravée. Il appuya brièvement cet étrange alliage sur une ardoise qu’il trouva sur le sol, puis sortit la plante de l’écorce. Il jeta la rune dans la rivière, et plaça l’herbe dans la fiole, dont l’eau prit immédiatement la couleur verte. Il mis sa grosse main sur le goulot de la fiole afin de la boucher, l’agita brièvement, et la tendit à Miryia.
    - Boit, dit-il simplement. Miryia pris la fiole avec un air peu rassuré. Voyant qu’elle n’était pas confiante, l’ermite s’adressa à nouveau à elle :
    - C’est de l’herbe des morts. Elle pousse là où le sang à été versé par grande quantité. Elle ramène avec elle l’esprit des temps anciens, où l’homme n’était qu’une faible créature, vivant en communion avec le monde qui l’entoure. Elle rend la joie à ceux qui savent l’utiliser.
    Elle poussa soudain un cri de surprise :
    - Mon Dieu ! Qu’est-il arrivé ici pour qu’il y aie tant d’herbe des morts sur le sol ? A cette exclamation, l’ermite sembla tressaillir. Le « mon Dieu » avait eu un effet plutôt inattendu sur lui, qui était habituellement si calme et impassible. Le sol autour d’eux était effectivement couvert de cette herbe qu’elle ne connaissait pas. Entre les arbres immenses qui les entouraient, on ne voyait que ça.
    - C’est une longue histoire, répondit-il. Elle n’est plus de votre temps, ni de votre intérêt.

    ***

    Après avoir bu la fiole, qui s’était avérée agréable au goût, ils prirent le chemin du retour. Miryia se sentait beaucoup mieux, et moins inquiète. Les questions qu’elle se posaient tournaient encore dans sa tête, mais elle se disait que ça n’avait que peu d’importance, qu’elle n’avait qu’à vivre sa vie sans se préoccuper de ceux qui voulait se servir d’elle. Ils arrivèrent enfin en vue de la misérable hutte qui servait de logis à l’ermite. Étonnamment, ce fut lui qui prit la parole le premier cette fois :
    - Tu n’es pas tranquille n’est-ce pas ? Les Narguiens attaqueront, tu le sais, mais tu aimerais t’échapper. Tu étais venue chercher mon aide cette fois…
    Miryia ne répondit pas. Elle était abasourdie. Cet homme qui vivait en marge de tous, qui ne sortait de chez lui que pour aller chasser dans la forêt d’Eilyn ou pour aller puiser de l’eau dans l’Oniria, lui qui semblait ignorer tout le monde et que tout le monde semblait ignorer, lui qui était le mieux placé pour ne rien savoir des évènements qui avaient cours, lui savait ce qui se tramait ; et mieux encore, il savait que cette visite n’était pas comme les autres. Il savait que cette fois, elle attendait quelque chose de lui. Il lui fallut quelques instants pour se remettre de sa surprise et pour que la voix lui revienne :
    - Je… Je ne sais pas. J’avais simplement le sentiment que vous pourriez m’aider. Vous n’êtes pas comme les autres, je le sens très bien. Seulement, je ne sais pas ce que vous pourriez faire pour moi. Je ne sais pas en quoi vous êtes différents. Êtes- vous l’un de ces Immortels dont nous avons tellement entendu parler ?
    A ces mots, un sourire tordit la face de son interlocuteur. Un sourire atroce, mauvais, un sourire qui en disait long sur les intentions mauvaises de quelqu’un. Un sourire qui élança un sentiment glacial dans la tête de Miryia, qui provoqua un frisson le long de sa colonne vertébrale, et qui se propagea dans chacun de ses membres. Ce n’était pas plus un sourire qu’une grimace de haine, de dégoût, de répugnance. C’était un sourire démoniaque. Rien d’autre n’eût pu aussi bien qualifier cette expression que ce mot-là. Démoniaque. L’ermite effaça cette affreuse mimique de son visage, et poursuivit comme s’il n’avait jamais remarqué la peur qui s’était emparée de Miryia :
    - Les Immortels… Des incapables prétentieux.
    Son sourire réapparut, mais il avait l’air sincère cette fois-ci. Il semblait se vouloir rassurant, et malgré le terrible effet que le précédent avait eu sur elle, Miryia ne put s’empêcher de se sentir mieux. L’homme reprit :
    Je suis désolé… Les Immortels me répugnent. Non, je ne suis pas l’un d’eux, et je m’en porte très bien. Je pense que je te dois quelque chose. Je n’avais rien demandé, pourtant tu es venue, tu m’as aidé à ta manière. Tu m’as montré que l’Homme n’est pas toujours aussi mauvais qu’il veut bien l’être lorsque le pouvoir se fait l’une de ses principales motivations. Les Narguiens ne vont pas tarder à arriver. Je viendrais vous chercher toi et ton fils, et je vous emmènerai dans un lieu ou vous serez plus en sécurité. En attendant, soyez prêts à partir pour demain à l’aube.

    Une larme perla dans l’œil de Miryia. Elle s’approcha lentement de l’ermite, et le serra dans ses petits bras, la tête posée sur son torse massif. Il fut un peu désemparé. Cela faisait bien longtemps que personne, si ce n’est sa sœur, ne lui avait fait témoignage d’un amour quelconque, ou simplement d’un besoin d’être rassuré. Les hommes l’évitaient toujours autant que possible, et il est vrai qu’il ne faisait rien pour que les choses changent. Il était reconnaissant envers cette femme. Elle avait outrepassé sa crainte, elle s’était attaché à lui malgré qu’il ait refusé de s’intégrer à une société humaine qui lui déplaisait. Il avait presque pu oublier le bonheur que la reconnaissance d’autrui pouvais générer dans un cœur, même un cœur aussi peu humain que le sien. Lorsqu’il l’entoura de ses grands bras, il s’empreint d’une mélancolie violente. Il était souvent nostalgique des temps passés, mais il ne ressentait que rarement une déception aussi forte. Cette femme semblait si faible, si fragile. Peut-être était-ce là le traits des nobles d’esprit et de cœur, en contraste avec les nobles de nom, de rien, qui régnaient sur les royaumes humains.
    Sans un mot, elle se retourna, et ouvrit la petite porte de la masure. Elle le regarda, et murmura un « merci » fort de reconnaissance. Puis elle sortit. A peine avait-elle fait quelques pas dans la prairie qui séparait sa maison de la hutte de l’ermite qu’une voix forte la rappela :
    - Miryia ? Elle s’arrêta, et fit face à l’ermite. Il reprit :
    - Miryia… Prend cela. Si je suis incapable de vous aider, lui le fera.
    Il lui tendit un pendentif étrange. Il semblait fait d’or, et au centre, quelque chose brillait. On eût dit une pierre précieuse, seulement la jeune femme n’en avait jamais vu aucune de cette couleur. Elle était d’un noir profond, mais c’était comme si quelque chose de rouge brillait à l’intérieur.
    - Connais-tu les légendes de l’Empire Noir ? Demanda l’homme.
    - J’en ai peu entendu parler. Les sages du village parlent de l’Empire Noir comme d’un lieu ancien, un lieu qui était interdit aux hommes. Ils disent qu’il était protégé par des dragons noirs, qui hantaient une barrière de montagnes infranchissable. Il disent que personne n’en est jamais revenu, et qu’il était habité par des créatures étranges, aux pouvoirs inimaginables.
    L’ermite sourit, regarda vers la forêt d’Eilyn, puis repris la parole :
    - Ceci est un œil de dragon. On n’en voit plus beaucoup de nos jours. Les dragons se sont faits rares. Garde le toujours avec toi, et attache autour du pendentif un cheveux de ton fils. Il vous protègera, si j’en suis incapable. Et prend garde à ce que l’œil contemple l’extérieur, sans quoi il pourrait t’arriver malheur.
    Ceci ayant été dit, il remarqua l’interrogation qui était née dans les yeux de son interlocutrice. Il décida qu’il n’irait pourtant pas plus loin dans ses explications. Il la salua donc, et entra à nouveau dans son minable abri.
    Miryia rentra elle aussi chez elle, où elle retrouva son fils endormi sur une chaise. Elle lui déposa un léger baiser sur le front, et lui arracha un cheveux, qu’elle attacha rapidement autour du pendentif. L’enfant se réveilla à moitié. De son air endormi, il demanda à sa mère pourquoi elle allait toujours voir l’ermite. Elle répondit que même un ermite avait parfois besoin de compagnie. Au-dehors, la nuit arrivait lentement. Elle pris l’enfant dans ses bras, et le posa aussi délicatement que possible dans son lit. Ensuite, elle alla se coucher, en prenant bien soin de garder le pendentif autour du cou, de manière à ne pas obstruer le champ de vision de l’œil. Elle rêva de nombre de choses étranges cette nuit-là.

    Durant la nuit, des bruits se firent entendre à l’extérieur. Des gens semblaient tenter vainement de marcher discrètement. Des voix qui murmuraient s’élevaient dans l’obscurité. Soudain, un cri. La porte de la maison s’ouvrit à la volée, et quatre soldats entrèrent. Miryia se réveilla en sursaut…

    ***

    La forêt était calme dans les environs. Plus personne n'osait pénétrer les bois maudits d'Oniria. Les dragons et autres trolls avaient dissuadé les rares aventuriers qui avaient osé y pénétrer, et s'ils étaient trop courageux, ils y avaient laissé leur vie. Pourtant, quelle beauté résidait là! Une beauté empoisonnée, et les hommes le savaient bien. Une douce brise s'était levée et agitait le feuillage d'un grand frêne. Un être entièrement vêtu de noir, enveloppé dans un long manteau, était assis au pied de l'arbre. Son visage était dissimulé dans l'ombre d'une large capuche, de laquelle dépassaient deux longues mèches de cheveux d'un noir bleuté. Il réfléchissait. Ses pensées était sombres.

    Il se souvenait. Il n'avait pourtant rien demandé au destin, mais le destin ne cessait de lui envoyer des malheurs. Il était arrivé sur Terre alors que cette planète n'en était qu'à ses balbutiements, et, depuis, il avait subi les humeurs noires du destin. Ses seuls amis fidèles étaient sa sœur et son épée. Combien de tête cette épée avait-elle fait rouler? Il ne saurait compter. Combien de démons avait-il renvoyé à leur créateur avec elle? Et combien d'anges? Ashkael se sentit défaillir. Il devenait faible d'esprit à force d'affronter la Guerre, de s'opposer à elle sans aucune volonté.

    Il avait vécu dans le village de Mea-Diriel pendant plus de dix ans. Il y avait rencontré cette femme, Miryia. Elle était belle, et la plus aimable de toutes. Elle lui rendait visite tous les jours, elle compatissait à sa douleur sans même en comprendre l'essence. Elle cherchait parfois à percer son secret, qu'il avait toujours su garder. Dix ans dans le même village. Les gens se seraient aperçu qu'il ne vieillissait pas, s'il était resté plus longtemps.
    C'était là la réflexion qu'il s'était faite lorsque il avait appris que Mea-Diriel avait été mis à sac par les troupes de Meastrath de Narg, alors qu’il était idiotement en train de dormir. Il n'avait jamais vraiment aimé les Narguiens; ils étaient des gens bornés et sans scrupule. Stupides, qui plus est. Et ils avait commis l'erreur de tuer cette humaine, qu'il avait appris à trop apprécier. Qu’était-il donc arrivé au médaillon ? Il ne savait pas. Il ne l’avait pas retrouvé dans les restes de cette petite maison. Peut-être y’avait-il un espoir…

    L’espoir n’était pas suffisant, et l’acte restait condamnable. Il s'était donc rendu sur la falaise, en face de la forteresse de Mea-Narg. Il l'avait longuement contemplée. Il avait eu une pensée pour Miryia. Puis, d'un regard sans merci, il avait incendié la ville dans une déferlante de feu d'une rare puissance. Seuls des gravats calcinés avaient survécu à ce coup sans précédent dans l'histoire humaine. Personne n'a jamais su ce qui c'était exactement passé à Mea-Narg. Mais il n'y avait eu aucun survivant. D'aucun prétendent que les dieux ont brûlé la ville, pour lui faire cesser ses activités mauvaises et malsaines.

    Puis, du haut de sa falaise, il avait entendu ce sifflement caractéristique, qui lui indiquait la présence des Démons. Ils avaient repéré son attaque. Evidemment. Il sortit lentement Oniria, son épée gravée, du fourreau qu'il portait dans le dos. L'épée, invisible jusque-là, apparut dans un éclair resplendissant.

    La horde de Démons avait péri, et Ashkael se tenait debout devant cet amoncellement de cadavres, qui s'évaporait comme de l'eau que l'on aurait trop chauffée. Il contemplait une victoire supplémentaire. Mais les Démons ne lui laisseraient que peu de répit. Il devait trouver une nouvelle cachette, un nouveau village, où il passerait encore inaperçu, où il pourrait se construire une nouvelle vie.

    Fin


    Une suite à Mea-Diriel.
    Celui qui Voit la Lumière.

    Et si tout cela n’était pas vrai ? Si on lui avait menti ? Voilà des mois qu’il arpentait les alentours des ruines qu’il avait retrouvées. Aucun indice, rien ne laissait entrevoir ce qui avait bien pu se produire ici. Il ne savait qu’une chose : Le feu des hommes n’aurait pas pu venir à bout de cette citadelle. C’était l’arme des Démons, le Feu Premier, qui avait été utilisée ici. Il ne comprenait pas pourquoi les Démons s’en seraient soudainement pris à de pauvres humains sans défense cependant. Son maître le lui avait clairement dit, les humains ne sont que des êtres pensants qui ont eu le malheur de se retrouver pris au milieu de cette guerre, mais ils n’en étaient pas une faction. Qu’est-ce qui avait alors pu mener les descendants du Roi du Dessous à s’attaquer à sa cité ? Laahrenghir s’assit sur une pierre, la tête dans les mains. Une larme courrait le long de sa joue. Le jour s’en allait peu à peu, et les fantômes de la nuit s’en revenaient le hanter. Il se souvenait de ses parents, de sa sœur, qu’il avait quittés pour se former au combat. Il voulait devenir un guerrier, un protecteur de la ville et du peuple, et voilà qu’aujourd’hui, il s’en revenait pour ne retrouver que des cendres là où autrefois, sa cité se dressait, majestueuse, témoin de la grandeur qu’avait connue son royaume. Il contenait sa colère et sa haine, son dégoût. Sa réaction avait d’abord été incontrôlée, mais il avait fini par se faire à l’idée que tout ce pour quoi il avait voulu se battre n’était plus. Du même coup, il avait perdu ses raisons de vivre. La larme s’écrasa sur le sol, alors que les derniers rayons du soleil disparaissaient à l’horizon. Il se leva, péniblement. Son cœur éprouvait toujours ce serrement, cette sensation d’étouffement qui lui empêchait de quitter ce lieu. Il fit quelque pas en avant, traînant les pieds dans l’herbe fraîche qui couvrait la lisière de la forêt. D’ici, on ne pouvait pas se douter qu’à peine un dar plus loin gisaient les restes calcinés de ce qui fût une ville. Il était perdu dans ce train de pensées, le même qu’il poursuivait tous les jours depuis qu’il était revenu, quand un léger craquement de branche provenant de la forêt le poussa à s’accroupir. Sa main droite vint rapidement se greffer sur la fusée de son épée, alors que la gauche empoigna le pommeau. Il scrutait désormais la lisière avec toute son attention. Lentement, les branchages des fourrés bordant la forêt commencèrent à s’agiter. Laahrenghir tira commençait lentement à tirer son épée, lorsqu’il vit sortir quelqu’un du bois. Il s’agissait d’une jeune femme, qui avait l’air plutôt mal en point. Elle n’était pas armée. Il rengaina son arme, sans pour autant la lâcher, se leva lentement, et se dirigea vers elle d’un pas méfiant. En le voyant, elle tenta de courir, mais elle semblait trop faible. Son corps heurta le sol bruyamment. Oubliant la prudence, il se précipita vers elle :
    - Ma dame ! Que vous est-il arrivé ?
    Elle essaya de répondre quelque chose, mais elle ne parvenait plus à parler. Il la tourna sur le dos, se saisit de sa gourde qu’il plaça au-dessus de sa bouche, et versa un petit filet d’eau. Il la couvrit du manteau qu’il portait, et s’employa à allumer un feu de camp avec des branchages qu’il trouva alentours. Pour ce soir, il ne rentrerait pas dormir.
    - Reposez-vous, lui dit-il. Demain, je m’occuperai de vous. Je crois que le plus urgent, c’est que vous puissiez dormir un peu.
    Il se coucha de l’autre côté du feu, et tenta de trouver le sommeil à son tour. Son invitée surprise ne l’avait pas attendu pour se reposer. Elle semblait déjà dormir profondément.
    Il s’éveilla au matin, bercé par le chant des oiseaux. Apparemment, lui aussi avait vraiment besoin de repos. Il était rare qu’il ouvre les yeux si tard. Le feu était mort durant la nuit, et en face de lui, il voyait la jeune femme, toujours immobile. Il se leva, et alla s’assurer qu’elle était encore vivante. Elle respirait, effectivement. Il s’assit, et attendit qu’elle s’éveille à son tour. Sa peau était claire, et son visage presque maigre était marqué par les griffures qu’une couse effrénée en forêt ont pu lui infliger. Elle fuyait probablement quelqu’un, ou quelque chose. Sa longue chevelure, d’un brun clair, s’étendait, éparse, dans les premières feuilles que l’automne avait amenées au sol. Par endroit, elle était maculée de sang séché. Quel état pitoyable. Il avait pitié d’elle. Qu’est-ce qu’une femme comme elle faisait ici, si mal en point ? Que fuyait-elle ?

    Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsqu’elle bougea enfin. Il s’approcha d’elle, et lui proposa à boire à nouveau. Elle s’assit, et s’enveloppa dans le manteau, pour ne laisser sortir qu’une frêle main qui prit la gourde et la porta à ses lèvres. Ses magnifiques yeux verts affichaient désormais un air reconnaissant qu’il se plut à admirer. Visiblement gênée, elle détourna le regard, ce qui eut pour effet de le sortir de sa contemplation. Il s’adressa alors à elle :
    - Bonjour, mon nom est Laahrenghir. Je me suis permis de vous tenir compagnie cette nuit, de peur que quelque chose vous arrive. Vous n’étiez vraiment pas à vous hier soir. Me permettriez-vous de vous convier chez moi ? Je n’ai rien à manger ici, et vous porter eût été difficile. J’habite dans une petite cabane à un dar d’ici, si vous pensez pouvoir marcher. Je m’en voudrais de vous laisser livrée à vous-même après vous avoir trouvée dans un tel état.
    - Je… je vous remercie, bafouilla-t-elle d’une voix trop faible. Je vais essayer de marcher.
    Il l’aida à se lever.
    - Vous voulez peut-être récupérer votre manteau ? Questionna-t-elle.
    - Je crois que vous en aurez plus besoin que moi. Venez, je vais vous aider à marcher.
    Elle s’appuya son épaule, et ils se mirent en chemin. Il tenta de converser avec elle et d’en découvrir un peu plus sur elle, mais apparemment, elle était encore trop faible et préférait ne pas parler. Ils avancèrent donc en silence jusqu’à la pauvre cabane que Laahrenghir habitait depuis qu’il était revenu dans les environs.
    Une fois à l’intérieur, il prépara un ragoût de lapin en abondante quantité, persuadé qu’elle était morte de faim. Et il ne s’était pas trompé. Elle attaqua la viande lentement tout d’abord, et plus elle sentait ses forces revenir, plus ses gestes devenaient rapide, si bien qu’en très peu de temps, il ne resta plus rien. Affichant un sourire satisfait, Laahrenghir lui proposa aimablement d’en faire encore, ce qu’elle refusa poliment, tout en le remerciant. Il tenta alors d’en savoir un peu plus à son sujet :
    - Je ne voudrais pas être indiscret, mais avec votre permission, j’aurais aimé savoir ce que vous avez dû traverser. Que faisiez-vous là ? Vous avez été attaquée par des brigands ?
    Il s’attendait évidemment à ce que sa question éveille chez son hôte des souvenirs trop récents, affligeants et désagréables. Mais après tout, il vivait ici, et s’il avait lui aussi quelque chose à craindre, il aimait autant en être averti au plus tôt. Des larmes emplissaient maintenant les yeux de son invitée. Elle sanglotait, mais se décida tout de même à parler :
    - Je suis Miryia de Diriel. Je… Est-ce que vous m’aiderez ?
    - De Diriel ? Ce n’est pas très loin d’ici ! Je peux vous y emmener, oui, répondit-il sur un ton incertain.
    - Ce n’est pas ce que je veux dire. Mea-Diriel est tombé, il n’en reste rien. J’ai perdu mon fils ! Il faut que je le retrouve ! Il est si jeune ! Et il est seul quelque part dans cette forêt. Je… J’ai voulu…
    Elle s’effondra, en pleurs. Il s’approcha d’elle, et s’assit à ses côtés. Il passa son bras sur ses épaules, pendant que l’autre posait délicatement la tête de la femme sur sa poitrine.
    - Ça va aller. Reprenez-vous, et racontez-moi ce qui s’est passé. Je veux bien vous aider, mais je dois savoir ce que vous fuyiez, et ce qui vous est arrivé exactement.
    - C’était il y a des jours maintenant, peut-être des mois. J’ai perdu la notion du temps. Mon fils… Elle fit un effort pour se ressaisir, avant de continuer : Les Narguiens voulaient nos terres. Je ne sais pas exactement ce qu’ils avaient en tête, je crois que ça avait un rapport avec Eilyn ou Oniria. Le seigneur de Mea-Diriel a refusé leurs offres, et ils nous ont attaqués, par surprise, durant la nuit. Le château de bois ne pouvait pas tenir les assauts des Narguiens, ils étaient trop bien armés, trop bien équipés. J’ai voulu fuir avec mon fils, mais il était trop tard. Ils étaient déjà sur nous. Je ne sais pas comment nous avons pu passer. Peut-être l’aide du destin, ou de ceci.
    Elle sortit un pendentif du manteau. Les yeux de Laahrenghir s’ouvrirent en grand, son visage afficha immédiatement un air immensément surpris :
    - Ça… C’est… C’est ce que je crois ? Un œil de dragon ! Je n’en avais jamais vu ! Elle répondit :
    - Celui qui me l’a donné avait juré de nous protéger. Il m’avait dit que s’il échouait, cet œil le ferait à sa place.
    - La magie des dragons est extrêmement puissante, Miryia. Ils ont été créés par les Seigneurs de Monde, il y a très longtemps. Leur devoir était de veiller sur les Hybrides, afin qu’ils ne puissent sortir de l’Empire Noir. Mais depuis la disparition des Hybrides, ils dorment. Cet artefact est beaucoup trop rare pour être confié à une humaine. Celui qui te l’a offert devait t’estimer au plus haut point ! J’ajoute qu’il est parfaitement possible que cet œil vous ait permis de vous échapper. Il y a autre chose qui m’inquiète, cependant. Les Narguiens sont pacifistes, je ne comprends pas qu’ils aient commis une telle horreur. Mais Mea-Narg est elle aussi tombée, brûlée jusqu’au sol dans son intégralité. Peut-être saurais-tu m’expliquer cela ?
    - Non… Du moins je ne crois pas. Je crois qu’il y a quelques années, le roi Dearath se serait fait tuer par son fils, Meastrath. Il se serait emparé du trône, et aurait voulu s’étendre au nord. Il parait qu’il réside en Eilyn et en Oniria un pouvoir qui défie l’imagination, et que le nouveau roi souhaitait en prendre possession. Mais ces forêts sont maudites. Mieux vaut les éviter. Ce sont là les affaires des puissants parmi les hommes, cependant. Je ne suis ni puissante, ni homme. Je ne sais, par conséquent, que ce que j’en ai entendu. Quant à la chute de Mea-Narg, je n’étais même pas au courant.
    Elle marqua un temps de silence, que Laahrenghir finit par briser :
    - Et… qu’en est-il de ton fils ?
    - Nous avons fui vers Eilyn. Mon fils aimait s’y rendre pour explorer. Je lui avais toujours expliqué que c’était dangereux, mais nous nous sommes dit que c’était le seul endroit où personne ne nous poursuivrait. Tout le monde a peur de cette forêt. Nous y avons passé la nuit, et lorsque je me suis éveillée, il avait disparu. Je l’ai cherché pendant des jours. Je le cherche encore. Il lui est forcément arrivé quelque chose. Il ne m’aurait pas quittée sans me le dire. Il veillait sur moi, malgré son trop jeune âge. Je crains qu’un monstre d’Oniria ne l’ait emmené... J’ai fouillé tous les bois alentours, les villages, les villes. Je n’ai trouvé aucune trace de lui. Mais je ne peux pas entrer dans la vallée maudite. Si j’y perds la vie, je ne pourrais pas retrouver mon enfant.
    Elle enfouit sa tête dans ses mains, et recommença à pleurer à chaudes larmes. Laahrenghir posa alors sa main sur la frêle épaule, agitée par les sanglots :
    - Nous trouverons une solution. Moi aussi, j’ai tout perdu. Mais contrairement à toi, je n’ai plus aucun espoir de retrouver quoi que ce soit. Si je peux t’aider, ce sera ma mission. Je veillerai sur vous et vous assisterai dans votre tâche, jusqu’à ce que nous le retrouvions. C’est une promesse que je vous fais.
    Elle leva alors ses grands yeux verts empli de larmes vers lui :
    - Merci. Merci infiniment ! Je ne sais plus… je ne sais pas quoi dire !
    Dans un élan d’émotions, elle se jeta à son cou. Il émit un sourire en coin, et reprit :
    - Allez ! Nous commencerons les recherches aujourd’hui-même, et pour ce faire, nous irons visiter les ruines de Mea-Diriel. Ça vous convient ?
    - Tout me conviendra, si c’est pour retrouver mon fils ! Merci ! Et… je crois que si nous devons passer plusieurs jours ensemble, il n’est peut-être plus nécessaire d’agir comme si nous ne nous connaissons pas.
    Elle lui sourit. C’était un sourire radieux, magnifique. Pourtant, il était empli de tristesse. Laahrenghir se demanda alors ce que ça devait être lorsque cette mélancolie l’aurait quittée. Il se dit que ça valait certainement l’effort qu’il devrait fournir pour retrouver son enfant. Il lui sourit à son tour, puis alla préparer un sac dans lequel il placerait le matériel nécessaire au voyage qu’ils allaient entreprendre. Si Mea-Diriel n’était qu’à une demi-journée de marche, rien n’indique qu’ils n’auraient pas plusieurs jours de recherche à mener.

    ***

    Ils arrivèrent au village à la tombée de la nuit. Le trajet s’était passé en silence. L’appréhension avait gagné Miryia, et les sombres pensées des années qui avaient précédées son retour occupaient l’esprit du guerrier. Lorsqu’ils furent en vue du lieu où se dressait autrefois le chef-lieu des terres de Diriel, la jeune femme accouru vers les restes d’une masure en bois dont il ne restait presque plus rien. Les larmes coulaient à nouveau le long de son visage anxieux.
    - C’est ici que nous habitions… Il ne reste rien. Je n’étais pas revenue depuis que nous avons fui. Quelle folie que cette guerre.
    Elle soupira, puis s’agenouilla devant les décombres de sa maison, en pleurs. Laahrenghir, quant à lui, regardait alentours.
    - Regarde, là-bas. Une maison a été épargnée. Si on allait jeter un œil ?
    - D’accord, répondit-elle sans trop y penser. Elle se releva avec difficulté, comme si le poids de son malheur l’accablait et lui faisait courber l’échine. Elle se retourna, et s’écria :
    - C’est là qu’il habitait ! Peut-être qu’il y est encore !
    Une lueur d’espoir traversait à présent son regard. Elle courut vers la pauvre cabane, dont la porte fermait mal, suivie par Laahrenghir, qui lui demandait :
    - Qui habitait là ?
    - L’ermite ! Je lui rendais souvent visite. Il savait me rassurer, trouver les mots lorsque j’étais en peine. Je pourrais donner beaucoup pour le revoir.
    Elle frappa à la porte, puis ouvrit doucement. La masure était composée d’une seule pièce, munie seulement d’une petite table de bois, de deux chaises, et d’une literie aménagée avec de la paille. Le guerrier était un peu surpris :
    - Il ne devait pas être bien riche, ton ermite. La vie qu’il menait ici devait être plutôt triste. Il n’y a même pas de quoi cuisiner dans cette pièce… Et à voir, elle est abandonnée depuis un certain temps déjà.
    - J’ignore pourquoi les Narguiens ne sont pas venus ici. La logique voudrait qu’ils aient brûlé cette maison, comme les autres. En effet, je crois qu’il n’y a plus personne. Nous devrions y aller. Cet homme était discret. Il n’aura pas laissé de traces de son départ.
    En sortant, Miryia tomba nez-à-nez avec une autre femme. Surprise, elle voulut reculer, mais elle trébucha et tomba dans les bras du guerrier, qui apostropha l’inconnue :
    - Bonsoir, ma dame. Je me nomme Laahrenghir, pour vous servir. À qui avons-nous l’honneur ?
    Il lâcha Miryia, qui avait retrouvé son équilibre. L’inconnue répondit, avec une voix plus douce et mélodieuse que tout ce qu’il avait pu entendre jusque-là.
    - Bonsoir… Je me nomme Deasthana d’Arth. Je venais rendre visite à l’habitant de cette triste maison. Cela fait bien longtemps que je n’étais plus venue. Mais étant donné l’état des habitations alentours, je suppose qu’il n’est plus ici. Un rictus dubitatif tordit légèrement sa bouche. Elle reprit :
    - Et… Qui est cette charmante jeune femme qui vous accompagne ?
    - Je … Je suis Miryia de Diriel. J’habitais ici avant. Je veux dire, dans la maison d’à côté.
    - Miryia ! Très joli prénom. Je ne suis pas très attirée par les prénoms d’aujourd’hui, mais je dois bien avouer que Miryia, c’est très bien. Quant à Laahrenghir…
    Elle s’arrêta. Son visage s’était assombri. Un court moment, le temps sembla suspendu. Puis, avec une agilité et une rapidité déconcertantes, elle contourna Miryia, passa derrière le guerrier tout en s’emparant de son épée de la main gauche, qui survola la tête de l’homme pour placer la lame sous sa gorge. Elle était aussi grande que lui, ce qui lui avait probablement facilité la tâche. Elle s’adressa alors à lui :
    - Comme tu peux le constater, je suis suffisamment rapide pour te trancher la gorge si tu essaies de réagir. Tu vas me répondre, et éviter de dire, ou de faire, une bêtise. Que viens-tu faire ici ?
    Laahrenghir n’était pas certain de comprendre ce qui lui arrivait. Il n’était même plus sûr de n’avoir rien à cacher, tellement la réaction de Deasthana l’avait surpris.
    - Que suis-je sensé répondre… Je ne comprends pas ce qui m’arrive. J’ai trouvé Miryia à la lisière de la forêt qui borde Mea-Narg. Elle était en très mauvaise condition, alors je me suis occupé d’elle. Elle m’a demandé de l’aider à retrouver son fils, alors nous sommes venus ici. En apercevant cette maison, elle a absolument voulu venir y jeter un œil. Je crois qu’elle était amie de celui qui vivait ici.
    Deasthana lâcha alors prise, et remit l’épée dans le fourreau dont elle l’avait tirée. Elle lui demanda :
    - Tu connais les auras, n’est-ce pas ?
    - Oui… J’en ai entendu parler. Cependant, je suis très mauvais quand il en va de leur lecture.
    - Je lis parfaitement les auras, dit-elle simplement.
    - C’est pourquoi vous me relâchez sans autre forme de questionnement ? Demanda-t-il d’une voix tout de même hésitante.
    - Oui. Je reconnais la vérité quand elle apparaît. Laahrenghir… Celui qui voit la Lumière. Ton nom m’a trompée. Je t’ai pris pour l’un des Seigneurs de Monde.
    - J’ai seulement été entraîné par eux. Je voulais devenir un grand guerrier, pour protéger mon royaume. Mais aujourd’hui, il n’en reste rien. Je suis arrivé trop tard. Il baissa la tête.
    - Je sais ce que tu endures. Ma vie est faite de ce genre de malheurs.
    Elle posa sa main sur l’épaule de Laahrenghir, puis se tourna vers Miryia :
    - Je te demande pardon, je ne souhaitais pas t’effrayer. Je dois être prudente ici. Tout comme Ashkael. Il m’a beaucoup parlé de toi. Il me disait que tu venais tous les jours lui rendre visite, que tu lui apportais du pain et du lait.
    - Ashkael ? Demanda Miryia, qui ne semblait pas comprendre.
    - Celui qui vivait ici. Son nom est Ashkael de Gahériel. Tu le visitais tous les jours et tu ignorais son nom ?
    - Il ne me l’avait jamais dit. Et je n’avais jamais demandé. Ashkael de Gahériel, comme le grand roi de la légende ?
    - C’est sage de ta part de n’avoir jamais demandé son nom. Oui, Ashkael, comme le roi de la légende.
    Un sourire amusé éclaira le visage de Deasthana. Il semblait rayonner désormais, comme s’il émettait de la lumière.
    - Je me rends à Mea-Frjir. Je pense que si Ashkael n’est pas ici, c’est là-bas qu’il aura trouvé refuge. Si vous voulez, nous pouvons faire route ensemble ?
    Laahrenghir tira une chaise sur laquelle il s’assit. Il regarda Deasthana :
    - Mea-Frjir ? Je ne connais pas cette ville. Où est-ce ?
    - Dans le sud. De l’autre côté de la Thène, à quelques dars de Mea-Safjir.
    Le guerrier se tourna alors vers Miryia :
    - Peut-être aura-t-il trouvé et emporté ton fils avec lui, puisque vous vous entendiez si bien.
    - Je ne crois pas, répondit-elle. Je l’ai perdu à Eilyn. Il doit encore s’y trouver. Et je souhaite de tout mon cœur qu’il ne soit pas à Oniria.
    - Bien, reprit Laahrenghir. Dans ce cas, je crois que nous irons visiter Eilyn d’abord.
    - À votre guise. Dans ce cas, je vous laisse à votre recherche. Je vous aiderais volontiers, mais il est malheureusement des plus urgents que je voie Ashkael. Je vous souhaite bonne chance, et surtout, du succès. La perte d’un être cher peut s’avérer la pire des souffrances. Nous en avons tous fait l’expérience, je crois.
    Deasthana toucha la joue de Miryia, qui se sentit instantanément mieux. Puis elle quitta la cabane.
    - Quelle étrange femme ! S’exclama Laahrenghir. Deasthana, celle dont l’apparence est faible. Et quel étrange prénom. Bon, étant donné que ton logis n’est plus, et que cette cabane est encore debout, je propose que nous passions la nuit ici. Demain à l’aube, nous partirons pour Eilyn.
    - Bien, répondit simplement la jeune femme. Et ils se préparèrent à dormir, après avoir mangé un peu de pain et de viande salée.

    ***

    Le jour commençait à pointer par l’unique fenêtre de la masure. Miryia s’éveilla lentement. Laahrenghir était déjà sur pieds, et le petit déjeuner était prêt. Elle se leva, et le rejoignit à la table. Elle avait décidément eu beaucoup de chance de tomber sur lui. Il était un peu dans la même situation qu’elle, suffisamment aimable, et apparemment plutôt bien entrainé. Il lui rappelait un peu celui qui avait habité cette maison avant que le village ne soit détruit. Sa présence était réconfortante, et une certaine force émanait de lui. Elle mangea en silence, et se prépara à partir. Alors qu’ils quittaient la masure pour pénétrer dans la forêt d’Eilyn, elle demanda à Laahrenghir :
    - Ce royaume que tu voulais protéger… C’était le Royaume de Narg ?
    - Oui. J’y suis né.
    Immédiatement, elle se sentit peu à l’aise d’avoir osé poser la question. Apparemment, cela lui faisait plus de mal qu’il ne voulait bien l’admettre. Ils s’enfonçaient un peu plus dans la forêt maintenant. Elle ne connaissait pas bien les environs. Malgré le fait qu’elle ait habité à proximité de sa lisière toute sa vie, elle n’était venue que deux fois ici. Une fois avec l’ermite, et une fois en fuyant avec son fils. De plus, cette seconde fois, il faisait nuit. La peur empêchait les habitants de Mea-Diriel de s’y rendre. Les récits qui entouraient ce lieu étaient emplis de monstres en tous genres, de morts et de disparus qui hanteraient les bois. L’appréhension la gagnait au fur et à mesure qu’ils progressaient sous les arbres. Après un court instant de marche, elle fit halte, et retint le bras de celui qui l’accompagnait :
    - Peut-être trouverons-nous quelque chose ici. Dit-elle. L’ermite m’avait emmenée à cet endroit une fois.
    On ne pouvait pas vraiment apercevoir le ciel depuis là, cependant les arbres y étaient clairsemés. L’herbe des morts jonchait le sol en tout endroit. Au beau milieu, un énorme frêne se dressait. Elle était comme attirée par cet arbre. Elle s’en approcha donc. Laahrenghir la suivait :
    - Miryia ? Qu’est-ce qu’il y a ?
    - Je ne sais pas. Je vais voir.
    En arrivant auprès de l’arbre, elle remarqua que quelque chose avait été gravé dans l’écorce. L’écriture commençait déjà à disparaître avec les effets du temps. On pouvait lire :
    « Nous errons, séparés,
    Sans but, sans volonté.
    Qu’enfin la mort m’éprouve
    Et que la Paix me trouve. »
    C’était Ashkael qui avait écrit cela. Elle en était certaine. Lui qui savait si bien la réconforter, désirait-il tant mourir ? Elle réalisait à quel point elle ne savait rien de lui, malgré le fait qu’elle se soit confiée à cet homme pendant dix années, et qu’elle lui ait rendu visite presque tous les jours pendant tout ce temps. En revanche, lui devait tout savoir d’elle. Elle lui en avait tellement dit. La tristesse s’empara à nouveau de son cœur. Quand ce cauchemar se terminerait-il enfin ?
    Ils continuèrent leur lente progression, Laahrenghir en tête, et elle derrière, jusqu’à ce qu’ils atteignirent deux énormes stèles placées aux pieds des montagnes. Elles marquaient un chemin encaissait qui s’engouffrait dans une vallée ou se perdait la forêt. Il y était écrit : « Au-delà de ce point s’étendent les terres maudites d’Oniria. Quiconque s’y aventurera ne pourra en revenir. » Quelques bras au-delà des monuments, un objet inhabituel dans un tel lieu était posé au sol. Miryia se précipita en avant. Le guerrier tenta de la retenir, mais il ne fut pas assez rapide.
    - C’est sa chaussure ! S’écria-t-elle. Elle dépassa les stèles pour se saisir d’une petite chaussure de cuir de très mauvaise facture. Ça ressemblait effectivement à la chausse d’un enfant. Mais à peine avait-elle passé les pierres, le ciel parut s’assombrir. Laahrenghir contemplait avec effarement l’immense créature qui se dressait devant la Dirienne. Il se jeta en avant, et de toute la force dont il pouvait faire preuve, il la jeta au-delà des stèles. Son épée rencontra la gueule du dragon d’argent alors que celui-ci allait allègrement planter ses crocs acérés dans le corps de la malheureuse. La violence du choc le projeta au sol. La bête était immense. Laahrenghir n’avait jamais vue de telles choses auparavant. Il avait combattu des trolls, des troupes de Shurworks, et bien d’autres espèces étranges, mais il n’avait encore jamais fait face à un dragon. Choisissant l’option qui lui paraissait la plus raisonnable, il se releva aussi vite qu’il put, et s’élança au-delà des stèles. Aussitôt qu’il se trouva de l’autre côté, la bête disparut.
    - Je crois qu’il ne veut pas qu’on entre, dit-il sur un ton on ne peut plus sarcastique.
    - Mais mon fils se trouve là-bas, rétorqua Miryia. Il faut au moins qu’on essaye !
    - Je crois que c’est ce que nous venons de faire. Et je ne pense pas être en mesure de combattre un tel adversaire, malgré l’entraînement que j’ai suivi. Tuer un dragon risque fort de demander un recours à la magie, et je n’ai pas cette capacité. En outre, si nous passons celui-ci, il ne sera certainement pas le seul que l’on pourra trouver sur notre chemin. De plus, ce n’est là qu’un dragon d’argent. Si nous devions croiser le chemin d’un dragon noir, ça serait encore très différent. Je ne voudrais pas être pessimiste, Miryia… Et j’ai promis de t’aider. Mais je doute que si ton fils se trouve au-delà de ces pierres, il soit encore en vie.
    - Il est encore en vie. Je le sais ! Je le sens ! Mais je ne sais pas pour combien de temps. Je ne peux pas rester là sans rien faire, il faut que je le retrouve !
    Laahrenghir reprit :
    - Et… Celui qui t’a donné le pendentif ? Cet… Ashkael. S’il était en possession d’un œil de dragon, c’est qu’il sait comment se le procurer. Ça implique qu’il connaisse un moyen de passer, ou au moins qu’il puisse nous aider à trouver quelqu’un qui possède les connaissances nécessaires pour ce faire.
    - Nous sommes si près de lui… Je ne veux pas rebrousser chemin maintenant.
    - Crois-tu que nous ayons le choix ? S’il est encore vivant, comme tu le crois, alors il n’y’a aucune raison qu’il ne lui arrive quoi que ce soit là-bas. Allons chercher l’ermite, et nous reviendrons. Quelque chose me dit que s’il est à Oniria et qu’il est vivant, il le restera.
    Miryia restait silencieuse. Elle se détourna lentement, et se dirigea en direction de l’orée de la forêt, le pas traînant. Il la suivit, sans mot dire. Ils rejoignirent la cabane de l’ermite, où ils passèrent la nuit, puis au matin, ils se remirent en chemin, afin de retourner chez le guerrier. Ils entameraient leur voyage vers le sud le lendemain. Ils iraient chercher Ashkael à Mea-Frjir, en espérant l’y trouver. Aucun d’entre eux n’avait jamais voyagé aussi loin auparavant. L’aventure était sur le point de débuter.

    By landsofoniria


    Autres Textes

    Texte écrit pour un battle sur le thème "Pâques".
    L’histoire du lapin de pâk


    Il était une fois, dans le royaume Monde, une jeune princesse à qui tout était offert. Ses parents, riches comme des rois, ne la privaient de rien. La princesse était jeune tout de même, et elle devint vite capricieuse. Ses parents n’avaient de cesse de la combler°; si elle demandait une poupée, ses parents la lui offrait. Si elle demandait un livre, elle savait qu’elle l’aurait dès le lendemain. Si elle souhaitait un poney blanc avec une crinière noire et des yeux verts, il fallait parcourir tout le royaume à la recherche de l’animal décrit, et deux fois sur trois, elle n’était pas satisfaite. Il fallait alors faire appel à tous les mages du royaume pour trouver celui qui serait capable de transformer le cadeau mal reçu par la princesse en l’exact objet de ses désirs.

    Mais le roi et la reine de Monde étaient heureux, car ils avaient une fille. Capricieuse, certes, mais quelle perle d’enfant°! Qu’elle était belle, charmante, avec ses deux tresses blondes et ses grands yeux bleus°! Ils vivaient donc dans un bonheur absolu.

    Seulement, le frère du roi avait des vues sur le royaume de Monde. Il pensait qu’une telle situation de bonheur royal n’était pas faite pour durer. Il désirait troubler la joie si paisible qui régnait dans le Monde, et il savait exactement comment s’y prendre. Il fallait que la princesse demande l’impossible à ses parents. Il décida d’attendre l’occasion parfaite, qui ne tarda pas à s’offrir à lui.
    Le roi, brillant esprit, décida d’organiser un immense festin au palais, à l’occasion de l’anniversaire de sa fille. Il y invita tous les membres de la famille royale, ainsi que nombre d’habitants du royaume. Les serviteurs, au plus grand plaisir de leur maître et de leur maîtresse, préparèrent le plus gargantuesque festin que le royaume ait jamais connu.

    Le festin pris donc place, tout le Monde s’amusa grandement et se régala à foison. Finalement vint le dessert. Les bouffons firent leur entrée, accompagnés de musiciens et de toutes sortes de toutes sortes de merveilles animales ou autre. Pendant que toute la salle se distrayait, riait, applaudissait, le frère du roi s’approcha de la jeune princesse et lui demanda ce qu’elle avait souhaité que ses parents lui offre pour son anniversaire. La princesse lui répondit qu’elle voulait un château dans la mer. Le frère du roi rit, et lui raconta l’histoire du lapin qui pondait des œufs. Il lui dit qu’il était certain que ce lapin amuserait une fille si haute placée et si digne d’être en possession les raretés de ce Monde.

    La princesse alla donc trouver son père sans attendre, et lui dit qu’elle ne voulait plus de château dans la mer, mais qu’elle voulait le lapin qui pondait des œufs. Le roi fut d’abord surpris. Il expliqua à sa charmante fille que les lapins ne pondent pas d’œufs, que c’est là la particularité des oiseaux. Mais la princesse n’en démordait pas, elle voulait son lapin à œufs.

    Le roi, alarmé, voyait déjà le désarroi de sa fille quand elle apprendrait qu’il ne pouvait lui offrir ce qu’elle souhaitait tant. Il fallait qu’il trouve un lapin à œufs avant minuit, sans quoi l’anniversaire de la princesse aura passé sans qu’elle fut satisfaite. Il fit donc mander les plus grands chasseur de la cour, et leur demanda de lui ramener, peu importe par quel moyen, un lapin à œufs vivant. Les chasseurs étaient désemparés devant cette requête, mais le roi savait les rendre volontaires, et il proposa donc une prime, ainsi que la main de sa fille, à qui ramènerait le lapin.

    Un jeune écuyer, qui entendit la discussion, et qui était secrètement amoureux de la fille dur roi, décida de tenter sa chance. Comprenant d’office que la quête proposée n’était pas naturelle, il se rendit à la bibliothèque du palais, et demanda des livres de légendes. Ne sachant pas lire, il souhaita aussi qu’on les lui lise. Une fois cela fait, il n’avait toujours pas d’informations sur le lapin à œufs, mais il avait appris la légende d’une sorcière courbée par l’âge, au nez crochu pustuleux, en possession d’un balais volant.

    L’écuyer se mit en quête de la sorcière. Il erra dans la forêt, se prenant les indices que la légende donnait comme points de repère. Il trouva finalement la hutte de la sorcière, qui était faite de pain d’épice, comme le disait la légende. Il entra discrètement, et aperçu la sorcière, qui clamait d’une voix forte°: «°Du calme, ma jeune Grettel, je ne vais pas te manger°!°». Il s’approcha doucement et s’adressa d’une faible voix à la sorcière, afin de savoir si elle voulait bien l’aider. Celle-ci, agacée, lui répondit qu’elle l’aiderait s’il ne divulguait pas l’emplacement de sa masure, et s’il la laisserait en paix dorénavant. Heureux, il accepta avec plaisir.

    Elle regarda brièvement dans sa boule de cristal, et expliqua au jeune écuyer que s’il voulait vraiment voir le lapin à œufs, il fallait qu’il aille chercher les douze œufs qui lui permettrait d’invoquer le lapin. Les œufs étaient cachés dans la forêt par les gnomes et les elfes. Une fois qu’il aurait trouvé les œufs, il devrait se rendre dans le cour du palais avec un talisman qu’elle lui donnerait, et penser très fort au lapin. Alors, celui-ci apparaîtrait et le suivrait partout. Elle retourna ensuite vers la fillette qui semblait l'occuper autant.

    L’écuyer prit le talisman, ainsi qu’une potion qui lui permettrait de courir pendant une journée. Il s’en alla et couru dans toute la forêt à la recherche des œufs. A l’approche du soir, il n’avait toujours rien trouvé. Il croisa un gnome, et lui demanda quelque information. Le gnome, ému par les intentions si aimables de l’écuyer, lui situa l’emplacement des six œufs cachés par les gnomes, mais lui fit jurer de les ramener le lendemain. Il vit ensuite un elfe, qui lui donna les emplacement des six œufs elfes, en lui faisant jurer de les replacer le lendemain.

    Il récupéra les œufs, et les mis dans un panier. Il courut ensuite jusqu’au palais pour effectuer le sort que la sorcière lui avait appris. Un lapin apparut alors. L'écuyer n'en revenait pas! Il venait de faire apparaître un lapin, un vrai lapin, tout brun! Il couru devant le roi, et lui présenta le lapin. Le roi d'abord interloqué, décida d'amener le lapin dans la salle du thrône, et y convia les invités du festin, afin qu'ils assistent au miracle. L'écuyer se rendit alors compte que la sorcière lui avait peut-être menti, et que le lapin était peut-être aussi normal qu'un lapin pouvait l'être. Tout le monde attendait, et le lapin ne faisait rien. Les invités commençaient à s'impatienter, un léger brouhaha se fit entendre d'abord, puis le bruit augmenta encore. La princesse se riait de l'écuyer, qui serait puni pour avoir donné de faux espoirs au roi.

    Minuit approchait à grands pas, et toujours rien ne s'était passé. la princesse commença alors à se moquer de son père, et à pleurer. Elle gémissait, s'arrachait les cheveux. Ses deux belles tresses blondes ne ressemblaient plus à rien. le roi se lamentait, il demanda à ce qu'on enferme l'écuyer. Les gardes, qui n'avaient plus rien à faire depuis que la paix avait été établie dans le royaume, se firent un plaisir de saisir l'écuyer pour l'emmener dans les oubliettes du palais.

    C'est alors qu'un petit bruit timide se fit entendre dans le coin du palais. Le bruit cessa soudain, et les gardes s'arrêterent, lachant prise sur l'écuyer. Le bruit, indistinct la première fois, se fit entendre une seconde fois: "Pâk". Tous les regards se tournèrent alors vers le coin de la pièce ou le lapin s'était réfugié. Deux œufs étaient posés à côté de lui. Lorsqu'il pondit le troisième, le bruit se fit entendre à nouveau: "Pâk". Alors, tous les invités applaudirent ensemble, et l'écuyer fut promis à la récompense proposée à celui qui rendrait ce service à la famille royale.

    Le jeune écuyer fut adoubé, afin que son rang puisse correspondre à celui de la princesse, puis il fut en mesure de l'épouser. Ils héritèrent du palais du royaume de Monde, car les parents de la princesse avaient décidé de le leur laisser, afin qu'ils puissent prendre leur retraite sur une île déserte. L'écuyer fut le meilleur roi que le Monde ait connu, et la princesse en fut la plus belle reine. Ils vécurent heureux dans le palais, et eurent beaucoup d'enfants!

    C'est ainsi que, pour commémorer cette impressionante réussite, nous organisons le festin de "Pâk" à la date de l'anniversaire de la princesse. Le nom s'écrit désormais "Pâques" pour des raisons de simplicité d'orthographe. Vous l'aurez compris, ce nom fait allusion au bruit que les œufs firent en sortant du lapin. Par tradition, nous cherchons aussi les œufs et les lapins (en chocolat, pour que l'on se souvienne mieux de la couleur du lapin d'origine), bien dissimulés dans les jardins, afin que nous gardions en mémoire la quête de l'écuyer!

    Fin


    Texte écrit pour un battle sur le thème "Une fin pour tous".
    Le Conte d'Andra et de Gaïa


    Le soleil se couchait à l’horizon. Andra était assis seul sur le palier de sa maison. Il contemplait le spectacle, comme il aimait à le faire tous les soirs. Le soleil était étrange depuis un certain temps. Il semblait qu’il avait grandi, qu’il cherchait à atteindre la Terre de ses rayons. Andra n’aimait pas vivre avec son temps, mais il avait quand même songé à s’acheter une télévision et un ordinateur. Il ne manquait pas d’argent, son travail de bûcheron lui en procurait assez. Il vivait dans une petite masure près du sommet d’une montagne, là ou le froid pouvait encore s’installer de temps à autres. Il avait regardé sa télévision la veille, et ils avaient annoncé l’imminence d’une catastrophe. Il n’avait pas bien compris, mais ils avaient parlé de fin du monde. Ca ne l’inquiétait pas trop a vrai dire.

    Gaïa ne savait pas d’où elle venait, mais là où elle habitait, il y en avait des centaines d’autres un peu comme elle. Elle était unique, pourtant, et elle le savait. Elle ne comprenait juste pas vraiment pourquoi. Elle était encore jeune, et certains étaient jaloux de ses particularités. Elle le savait bien, cependant aucun ne le lui montrait vraiment. Les autres étaient des hypocrites. Elle aimait danser. Tous autour d’elle aimaient danser. Ils virevoltaient, s’approchaient les uns des autres, puis s’éloignaient dans de fantastiques valses, grandioses au possible. Lorsqu’elle dansait, elle oubliait les autres. Elle oubliait qu’ils étaient jaloux,

    Andra aimait a contempler la danse de Gaïa. Elle en était inconsciente. Il lui demandait souvent ce qu’elle faisait, il aurait aimer la connaître. Il admirait sa valse comme il admirait sa beauté. Il ne savait pas vraiment s’il en était amoureux. Peut-être. Elle était si belle. Mais elle pleurait souvent. Il aurait aimé la consoler, il aurait aimé pouvoir l’écouter, pouvoir l’aider. Il lui semblait pourtant qu’elle ne l’entendait pas. Elle ne le regardait jamais. Peut-être ne comprenait-elle pas qu’il était son ami, qu’il lui voulait du bien. Il s’inquiétait de sa santé. On entendait tous les jours que nombre de gens allaient de plus en plus mal, à cause des problèmes que l’homme avait créé sur la planète. Les gens qui vivaient dans les plaines, en basse altitude, devaient régulièrement sortir avec des masques à gaz, afin d’éviter l’intoxication. Andra était honoré de ne pas encore en être là, il vivait seul au sommet de sa montagne.

    Gaïa, quant à elle, ne connaissait pas bien Andra. Elle savait qu’il l’admirait, qu’il la contemplait tous les jours, lorsqu’elle dansait. Cela lui faisait très plaisir, elle était heureuse d’avoir quelqu’un qui ne semblait pas être jaloux d’elle. Alors, pour lui plaire, elle voulait danser de plus belle. Andra lui parlait, il voulait savoir comment elle allait, il lui demandait souvent des nouvelles, pourtant il ne semblait pas entendre les réponses qu’elle voulait lui donner. Elle était triste, elle ne demandait rien de plus qu’un ami, mais elle ne savait pas comment lui parler. Il ne la comprenait pas. Elle décida de lui faire plaisir, d’essayer de charmer ses yeux par un acte d’une beauté peu commune. Il aimait la voir danser, elle aimait danser, et le roi de la danse était Hélios. Elle décida donc d’aller demander à Hélios de danser avec elle, pour montrer à Andra qu’elle savait ce qu’il aimait chez elle, et qu’elle appréciait ses attentions.
    Hélios était grand, beau, fort. Il plaisait à tous et tous l’enviaient. Même Andra admirait Hélios. Pourtant personne n’était jaloux de lui. Ils étaient simplement admiratifs, contemplatifs. Gaïa se mit donc en chemin pour aller voir le roi du bal.

    Andra, sur sa montagne, observait le ciel. Il pensait à Gaïa, qui était si belle. Il aurait souhaité qu’elle ne souffre pas, pourtant il voyait, il sentait même sa douleur, sa tristesse. Mais il ne comprenait pas. Il contemplait le soleil, qui semblait s’approcher de jour en jour. La chaleur sur Terre devenait insupportable. Sa télévision s’alarmait d’une déviation de la trajectoire de la planète, elle se dirigeait vers le soleil, et la collision devenait inévitable.

    Le lendemain, Andra était mort brûlé dans sa maison sur la montagne. Le soleil était trop près de la planète, et le cataclysme aurait lieu ce jour-là. Gaïa avait chaud, elle était timide, et avait peur d’aborder Hélios. Ses jambes étaient moites, sa danse n’était pas aussi belle qu’elle l’avait été. La timidité la rendait maladroite. Dans un moment si difficile, on ne fait plus vraiment attention à ce que l’on fait, seul notre objectif est encore important. Et dans son inattention, Gaïa percuta Hélios de plein fouet. Elle voulu s’excuser, mais Hélios l’avait rejetée violemment dans une explosion de colère. Elle était morte sur le coup, et Hélios, repentant, avait mis fin à ses jours, entraînant la tristesse de toutes celles qui l’entouraient, et qui décidèrent de faire comme lui. La danse était terminée. Plus personne ne danserait désormais, et plus personne ne serait là pour contempler la danse des astres et de Gaïa.

    Fin


    Texte du tournoi RP I, avec comme thème "Les Grands Changements", et comme condition: "Insérer une déclaration grandiloquente d'un chevalier en armure".
    La Légende du Troisième Age.


    Partie première°: De la victoire.


    La guerre durait depuis plusieurs année déjà. Le roi Khreos de Longuenuit sentait les forces de son armée faiblir de jour en jour. Il repensait au chemin qu’il avait parcouru jusque là, aux efforts qu’il avait dû accomplir pour rétablir la paix dans un royaume que son père lui avait légué. Ces terres étaient déchirées, son père avait été incapable de faire régner un minimum d’ordre. Il était un homme cupide, et n’agissait que dans son intérêt propre. Il avait surtaxé le royaume, et provoqué des révoltes de toutes parts. Puis il était mort, et son fils avait hérité de ses terres, ainsi que du malheur qui les parcourait de fond en comble.
    Il avait dû luter, concéder énormément afin de permettre à la paix de se refaire une place parmi les hommes auxquels il commandait. Et pourtant, après tant d’efforts, tant d’énergie dépensée, la paix n’avait été que de courte durée. Le roi de Morteterre avait lui aussi rendu l’âme, et son successeur avait souhaité élargir ses terres en s’attaquant à son voisin direct, le royaume de Longuenuit. Le vent de paix qui soufflait sur le royaume de Khreos Ier avait d’abord motivé les troupes, mais le seigneur de Morteterre était plus puissant qu’il n’y paraissait, que ce soit au niveau du contingent humain, ou de la stratégie militaire. Les hommes de Longuenuit avaient perdu leur goût à défendre si âprement la paix encore fraîche de leur royaume, et Morteterre avait gagné énormément de terrain. Même la forteresse royale était tombée, et tous les habitant de cette place-forte s’étaient vus contraints de prendre place dans des tentes que le roi avait fait aménager pour eux derrière les lignes militaires. Le roi Khreos, perdu dans ses sombres pensées, semblait mélancolique et amer sur son trône.

    Sa femme, dame Anya de Longuenuit, était assise à ses côtés dans la tente montée à l’effet de la guerre. Elle sentait le découragement de son Seigneur. Elle l’avait vu accomplir tout ce chemin, elle l’avait vu parcourir une telle distance pour aménager une place à la paix dans son royaume, et pourtant celle-ci ne semblait pas vouloir y demeurer longtemps. Elle avait pris ses jambes à son cou dès que l’occasion lui en avait été donnée. La paix était une couarde, comme les incapables qui servaient à présent son roi.
    Un seul semblait en mesure de mener à bien les opérations qui lui étaient confiées. Un seul avait valeureusement défendu son rang de chevalier. Le roi l’appréciait, il plaçait en lui une confiance et un espoir sans limites. Il est vrai que les autres s’étaient trop vite découragés, et le désastre avait inévitablement suivi. Les défaites s’étaient accumulées, au point que le royaume de Longuenuit était sur le point de passer aux mains de l’ennemi. Le seul espoir de victoire reposait donc désormais sur lui, sire Finn, seigneur de Clairétoile, une province du royaume qui résistait encore aux incessants assauts de Morteterre.
    Dame Anya se souvenait pourtant d’une époque où la paix était prônée par tous, d’une époque où la Guerre n’avait sa place que pour des conflits opposant des familles entières°; d’une époque ou seuls se battaient ceux qui en avaient le besoin ou le devoir personnel. Les temps avaient changés, cependant personne ne semblait avoir remarqué cela. Les rois menaient des armées à la guerre, et ces armées étaient composées de gens qui n’avaient rien demandé à personne, de pauvres paysans qui ne souhaitaient que survivre dans un monde difficile. Mais les seigneurs étaient arrivés, avec leurs armes, leur force et leurs amis. Les seigneurs avaient soumis tout le monde en échange de «°protection°». Voilà où en était la protection… Les paysans mourraient sous les coups ennemis, les seigneurs prenaient la fuite ou se faisaient tuer, et au final, ceux qui auraient pu ressortir indemnes de tous ces massacres y perdaient leur chance.

    A ce moment, le voile couvrant l’entrée de la tente s’ouvrit timidement, et un serviteur annonça au roi que sire Finn souhaitait le rencontrer.

    «°- Qu’il entre donc°! murmura le roi, encore pensif.
    - Salut, mon bon roi°!°», clama le chevalier, comme s’ils n’étaient pas en guerre. Un sourire magistral éclaira son visage, et il reprit°:
    «°- Monseigneur, je vous amène des nouvelles du nord°! Mes hommes ont attaqué sournoisement la citadelle de Longuenuit, et à l’aube, il l’avaient reconquise°! Les troupes de Morteterre ont été contraintes de se retirer du nord de votre royaume°! Plus de la moitié de ceux qui gardaient la citadelle ont péri°; quant à nos pertes, elles sont minimes°! La guerre prend bonne tournure, mon roi.°» Le chevalier émit un petit rire de contentement, puis se tourna vers la reine, «°Ma Dame.°», dit-il sur le ton le plus courtois qu’il était capable de se trouver, puis il mis un genoux à terre devant elle. La situation, la reprise de la citadelle, les bonnes nouvelles que le seigneur Finn amenaient, ainsi que le ridicule de son comportement arrachèrent un petit rire à la reine, qui pria le chevalier de se redresser. Le roi Khreos prit alors la parole°:
    «°- Et bien, sire Finn, tu es le plus brave de tous°! Qu’aurai-je fais sans toi à mon service°! Il est maintenant temps de faire changer les choses, et de rétablir une paix qui sera enfin durable. Il convient de chasser tout ennemi potentiel de mes terres. Je puis compter sur toi et tes fidèles guerriers, j’en suis fort aise. Nous retournerons nous établir dans la forteresse dès demain à l’aube. Je souhaite qu’elle soit gardée au mieux d’ici-là.
    - Bien sûr, mon roi, je vais transmettre les ordres de ce pas.°» Et il sortit.

    Le roi, satisfait des nouvelles que le chevalier lui avait apportées, convoqua un autre de ses sbires afin de lui demander d’attaquer les troupes de Morteterre qui demeuraient encore dans l’est et le sud de Longuenuit. La guerre serait bientôt gagnée si les choses gardaient cette tournure. Enfin la paix pourrait être rétablie, et il espérait, pour longtemps.

    Sa reine était elle aussi optimiste. Une larme de joie avait perlé dans son œil à l’annonce de la nouvelle. Elle pourrait retrouver sa chambre, son palais, et le calme des après-midi d’été, durant lesquelles son roi était à la chasse. Elle sentait son cœur serré par l’espoir d’une victoire proche, après de si longs temps de guerre. S’ils vainquaient, Morteterre serait exécuté dans la cour même du palais de Longuenuit, son royaume sera rattaché au leur, et leurs habitants n’auront d’autre choix que de se soumettre au bon vouloir de son seigneur. Quelle joie était la sienne en ce moment précis°!

    Et la paix décida de ne pas faire attendre le couple souverain. Le lendemain à l’aurore, Morteterre avait été capturé par le chevalier Finn, ses troupes décimées étaient traquées dans tout le pays lorsqu’elles avaient refusés de se rendre. Ceux qui s’étaient rendu, quant à eux, avaient bénéficié d’un traitement de faveur, et avaient été aimablement invités à la cour du roi pour un festin qui célèbrerait le courage des troupes de Longuenuit, ainsi que celui du seigneur Finn lui-même.


    Partie deuxième°: De la trahison d’un homme.


    La reine avait recouvré ses quartiers au matin, et lorsque la nouvelle de la victoire lui fut apportée par son roi en personne, elle pleura de joie. Elle n’avait jamais connu la paix, excepté lorsque son seigneur était arrivé au pouvoir et l’avait établie de manière malheureusement plus qu’éphémère. Mais elle avait bon espoir que cette fois serait la bonne, et elle ne se trompait pas. C’était la le plus grand changement de sa vie. Cependant elle ne se doutait pas encore que le festin du lendemain lui en réservait un second, de bien moins bon augure.

    Le lendemain, il fallut donc que tous soient présents. Le roi avait proposé d’abord un tournoi, puis un grand festin, comme il l’avait promis. Dame Anya de Longuenuit prit place aux côtés de son seigneur afin d’assister au tournoi depuis les loges royales. Le tournoi commença, les concurrents se frappaient, se désarçonnaient, brisaient leurs lances sur les écus de leurs adversaires, puis, à court de lances, s’envoyaient de magnifiques coups d’épée lors de charges plus violentes les unes que les autres. Après quelques heures de cet impressionnant spectacle, nul ne fut surpris de voir que le vainqueur était le seigneur Finn, car il était bien le seul à n’être pas assez couard pour avoir droit au prix que le roi offrait au gagnant de ce tournoi.

    Le roi se devait donc de lui remettre le prix, qu’il avait décrété être les restes du royaume de Morteterre. Ce pays serait donc dûment annexé à Clairétoile. Il appela à lui le chevalier Finn, et devant l’ensemble de la haute-noblesse et des chevaliers de son royaume, il déclara°:

    «°- Avis à la population°! Moi, Khreos Ier, roi souverain du royaume de Longuenuit, en ma qualité de dirigeant de ce royaume et en vertu de la promesse faite au vainqueur de ce tournoi, je nomme officiellement le seigneur et chevalier Finn de Clairétoile duc de Morteterre°! Je lui offre également la possibilité d’annexer complètement Morteterre et d’en faire une part complète de ce qui compose actuellement ses terres.°»
    Finn remercia le roi chaleureusement. Il déclara ensuite qu’il regrettait de ne pas participer au festin du soir, car le devoir de sa nouvelle fonction l’appelait au plus vite auprès des citoyens de Morteterre, désormais habitants de Longuenuit, afin de leur éviter tous les maux que les lendemains de la guerre feraient peser sur eux s’il n’agissait pas rapidement.

    Le festin eu donc lieu sans lui, ce qui ne devait malheureusement pas être pour plaire au roi, mais étonnamment ne sembla pas le surprendre outre-mesure. Cependant, il faut avouer que rien ne les eût empêché désormais de fêter leur victoire, et avant le festin, un défilé de femmes habillées de blanc passa dans l’ensemble de la ville afin de célébrer d’une part l’arrivée de la paix dans le royaume, et d’autre part, il avait pour but de montrer le chemin du palais aux chevaliers qui ne le connaissaient pas encore.

    La soirée commença une fois que tout le monde fut réuni dans la salle à manger royale. Jamais aucun lieu dans le monde n’avait connu de si impressionnantes festivités. Les bouffons, les acrobates, les cracheurs de feu et autres troubadours, tous les artistes du royaume avaient pris place dans la salle afin de distraire les chevaliers par leurs plaisanteries et leurs prouesses. La nourriture était distribuée à tous en quantité plus que suffisante, la boisson coulait à flot dans les gosiers que la guerre avait parfois trop asséché°; et à l’extérieur du palais, le roi avait eu l’extrême bonté d’organiser un second festin, auquel les paysans et les infortunés du royaume pouvaient prendre part. Longuenuit ferait la fête jusqu’au matin, et personne, ou presque, ne devinerait ce qui s’est vraiment passé dans les couloirs du château cette nuit-là.

    Les festivités battaient leur plein, lorsque le roi demanda à sa femme de se rendre dans leur chambre, ou un cadeau qu’il avait pour elle l’attendait. Dame Anya n’était pourtant pas de nature impatiente, et se proposa d’attendre le lendemain, afin de ne pas quitter son roi de manière étrange en présence des invités. Le roi dû y mettre toute la volonté qu’il pouvait rassembler pour la convaincre d’y aller quand même, et la reine remarqua que malgré ses efforts, il n’avait pas envie de la laisser y aller. Quelque chose sonnait faux à ses oreilles. Elle décida donc de se rendre à ses quartiers, afin de voir ce qui troublait son seigneur, à l’habituel si calme. Elle se leva, et quitta la salle des fêtes aussi discrètement que possible. Elle savait que certains l’avaient aperçue malgré ses efforts, mais pouvait-elle réellement faire mieux°? Ce sont là le genre de fêtes auxquelles un grand nombre de gens assistent, et durant lesquels les personnages les plus observés sont le roi et la reine.

    Elle pris la direction de ses quartiers, longeant les larges couloirs du palais, montant les escaliers somptueux qui jonchaient le chemin. Elle était seule ce soir-là, aucune de ses servantes attitrées ne l’accompagnait. Elle leur avait ordonné d’aller profiter de l’occasion avec les gens du palais. Sa robe l’empêchait de marcher aussi vite qu’elle l’aurait souhaité, et traînait lamentablement sur le sol. Un vertige s’emparait lentement d’elle, non pas qu’il lui sembla dangereux, mais simplement qu’il fit naître en elle un sentiment de tristesse. Elle ne savait pas à quoi cela pouvait bien être lié, cependant elle savait que ce qu’elle allait trouver dans ses quartiers ne lui plairait pas.

    Elle arriva donc enfin devant la lourde porte de chêne et s’arrêta un instant. Elle hésitait. Elle s’appuya contre la porte pour reprendre sa respiration et calmer les palpitations incertaines de son cœur. Puis, dans un élan de courage, elle fit tomber le battant de bois qui scellait l’entrée et se précipita à l’intérieur. Ce qu’elle y trouva lui causa une surprise hors-norme. Finn de Clairétoile était assis sur son lit, son armure reluisante brillait sous les éclats tamisés que la lune envoyait par la fenêtre de la chambre royale. Deux de ses serviteurs étaient debouts à ses côtés. Ils l’avaient probablement aidé à monter les escaliers, et ils l’aideraient à redescendre. Anya de Longuenuit ne comprenait pas la raison de leur présence ici. Etait-ce donc cela le cadeau que le roi lui avait promis°? Elle ne pouvait en saisir la raison, le comment ou le pourquoi. Finn, devant son air abasourdi, se décida à parler le premier°:


    «°- Le roi vous avait parlé d’un cadeau si je ne m’abuse. Je pense que je vous dois l’une ou l’autre explication. Lorsque nous avons remporté la guerre, le roi est venu me retrouver dans mes quartiers. Il m’a affirmé qu’il n’aurait probablement plus de royaume sans ma fidèle présence à ses côtés. En conséquences, il a émis le souhait de m’offrir ce que je lui demandais dans la mesure de ses moyens.°»

    Avec l’aide de ses serviteurs, le chevalier se leva, puis leur demanda courtoisement de sortir de la pièce, avant de reprendre°:

    «°- Ce que je lui ai demandé ne lui a réellement pas plu. J’ai dû y mettre toute ma vergue afin de le convaincre. Je ne pouvais voir autre chose qui m’eût plu dans son royaume. Il s’emporta contre moi, mais finit par accéder à ma requête. Il y mis pourtant une condition. Sur ma demande, il m’enferma ici lui-même, pour que j’y attende votre venue. Il m’avait donné sa parole que vous viendriez. Le roi a toujours été un homme de grand honneur.°» Anya de Longuenuit ne comprenait toujours pas. Il manquait deux éléments à l’explication de sire Finn°: l’objet de sa requête, ainsi que la condition que le roi avait mise. Elle apostropha le chevalier, encore à peine remise de sa surprise°:
    «°- Je ne comprends pas votre histoire aussi bien que vous l’auriez voulu, me semble-t-il. Je vous demande de pardonner mon incompétence, mais il faudra que vous me donniez plus de détails.
    - Vous ne comprenez pas… Le chevalier resta songeur, puis repris°: Ou vous ne désirez pas comprendre. La reine sentit alors ses entrailles se serrer°; elle laissa néanmoins le chevalier poursuivre°: Qu’est-il au monde que mon roi eût refusé de m’accorder°? Qu’est-il au monde qu’il aime par-dessus tout°? Il m’a même proposé son trône pour conserver ce que je lui demandais. Mais je ne voulais que vous. Dame Anya sentit alors ses craintes se justifier, ses pressentiments prendre leur sens. Elle défaillit légèrement. Enfin, après une courte pause pause qui sembla une éternité à la reine, le chevalier reprit°:

    Ma Dame, je ne vis que dans un but unique°;
    Vous servir, chaque jour qui s’écoule, et pourtant,
    Au plus je vous désire, au plus je me ressens
    Ridicule et indigne à vous donner réplique°!

    En poursuivant la Guerre et les combats épiques,
    Je ne pensais qu’à vous, qu’à vos yeux si charmants°!
    J’ai attendu cet heur, ma Dame, si longtemps,
    L’heur d’enfin contempler la Beauté canonique°!

    Mon cœur brûlait, ma Dame, et j’étais loin de vous°!
    Mes yeux auraient versés leur liquide si doux,
    Mais cela, pour mon rang, n’est qu’une autre faiblesse.

    Pourtant mes mots si bas en aucun cas ne peuvent
    Vanter votre vertu, vos charmes qui m’émeuvent°!
    Je vous aime, ma Dame, ainsi qu’une déesse°!°»

    Il s’arrêta là, ne sachant exactement s’il devait continuer, ou laisser ses mots faire effet. Dame Anya était désemparée. Elle ne savait pas comment réagir, elle ne savait pas quoi dire, quoi faire. Cette déclaration ne pouvait la laisser de marbre. Sire Finn était homme d’honneur, il ne mentirait pas. Son oeil vert laissa échapper une larme, qui roula le long de sa joue blanche pour venir saler sa bouche avec l’amertume de la situation. Elle devait accepter, par amour pour son roi°:

    «°- Je partirai donc avec vous ce soir. Je vous demande la permission d’aller remercier mon roi et de vous rejoindre à l’extérieur, vers le grand arbre qui se trouve à la lisière de la forêt.
    - Ainsi soit-il.°» Déclara le chevalier. Il ouvrit la porte, remercia à peine la reine pour sa réponse, appela ses serviteurs afin qu’ils ferment la porte et le ramènent à l’entrée du palais.

    Partie troisième°: De la Tristesse et de la Couardise.


    La reine s’assit sur le lit, à côté de l’endroit ou s’était trouvé le chevalier. Elle pleurait. Elle aimait son roi, il le lui rendait bien. Et voilà qu’il avait accepté de la marier à un autre. Pourquoi devait-elle encore faire les frais de la guerre°? N’avait-ce pas été assez toutes ces années°? Elle avait à peine connu la paix. Elle se leva, tituba jusqu’à la porte. Elle se rendit à nouveau devant la salle des fêtes, ou elle fit mander l’une de ses servantes, à qui elle commanda d’aller chercher le roi de sa part. La servante entra dans la salle, et le roi arriva de suite. Il s’embrassèrent longuement, le roi demanda à sa reine de le pardonner. Il s’agenouilla devant elle, et pria pour que Dieu ne lui pardonne jamais cet acte. Il firent leurs adieu, et Anya de Longuenuit s’en alla dans les ténèbres de l’enceinte de la citadelle. Elle rejoint le duc de Morteterre au lieu convenu, et chevaucha avec lui jusqu’à Morteterre.

    Le chevalier lui fit alors part de la condition que le roi avait émise°: il fallait qu’elle accepte personnellement de se séparer du roi. La tristesse s’empara alors de son cœur si tendre et si fragile. Elle eût été libre de sire non, mais elle ne le savait pas. Elle pensait que le roi voulait récompenser son vaillant seigneur, elle pensait qu’elle n’avait pas d’autre choix. Et elle s’était trompée. La bile noire lui montait à la tête. Elle avait tellement aimé son roi, elle l’aimait tellement. La séparation la déchirait, lui arrachait une part d’elle-même.

    Elle avait été une reine heureuse, et en quelques jours, tout avait changé. Elle n’avait connu que la guerre jusque-là, et voilà qu’une paix qui paraissait durable s’installait°; Elle avait aimé son roi, mais elle venait de le perdre. Sa vie ne serait plus jamais la même désormais. Certes, le seigneur Finn était un bon chevalier, noble et respecté, et il ne perdrait probablement pas cette réputation durement acquise, car personne ne saurait la vérité. On pensera que la reine a trahi son roi, et que le roi se sera arrangé avec sire Finn dans le but de conserver une amitié utile entre les deux partis. Elle se rendait compte peu à peu qu’une troisième chose avait changé. La noblesse de cœur dont les chevaliers pouvaient se prévaloir au début du règne de Kheros Ier s’effondrait lentement mais sûrement, et seul sire Finn conservait encore cette réputation d’homme parfaitement honorable. Personne n’apprendrait qu’il ne l’était plus, qu’il avait en réalité réclamé la reine comme épouse en récompense de son succès en campagnes et de la victoire qu’il avait offerte au roi.

    Les changements que la vie de Dame Anya de Clairétoile, duchesse de Morteterre, avait connu avaient détruit sa vie en quelques jours, simplement parce qu’un chevalier oeuvrait pour elle au lieu de servir son roi, comme il l’aurait du.

    L’amertume qui découlait de cette vie ruinée amènera son mari, quelques années de noire tristesse plus tard, à découvrir celle qu’il avait tant aimé morte sur son lit. Aucune trace de poison, aucune trace de coup ou de blessure quelconque. Elle était simplement morte de chagrin. Le roi lui-même lui prépara un enterrement digne d’une reine, et sur sa tombe figure désormais l’épitaphe°: «°La plus belle des femmes, et la meilleure des épouses, fut vaincue par la traîtrise d’un homme. R.I.P°». Peu de temps après, le roi se jetera du haut du donjon, en criant qu’il cherchait la paix. Le seigneur Finn fut alors couronné roi, et fit régner la paix dans le royaume de Longuenuit pendant longtemps, ainsi que ses successeurs après lui. Ils venaient d’entrer dans le Troisième Age de Longuenuit, un âge prospère, durant lequel le royaume vivrait en paix pendant des siècles.

    Fin


    By landsofoniria


    Un petit texte composé pour un battle annulé qui s'intitulait "Une nuit sans lune". C'est un texte relativement pauvre, pourtant c'est peut-être l'un de mes préférés parmi ceux que j'ai écrits et postés ici.
    Une Nuit sans Lune


    Le vent ne semblait pas vouloir se lever ce soir. Le chemin que j’empruntais habituellement était sombre, à tel point qu’il m’était difficile de voir où je marchais. D’épais nuages cachaient au monde les astres de la nuit. Les arbres autour de moi frissonnaient, je me sentais épié. Le malaise s’installait lentement. Je contemplai vainement le ciel, espérant trouver une lumière, un éclairage quelconque qui me sortirait de cet état de quasi-ivresse dans lequel mon trajet si sombre me plongeait.

    Je pensais alors à elle. Je marchais, j’avançais, je pensais à elle, de plus en plus. Son image s’imprimait dans mon esprit, toujours plus forte.

    L’amour avait dû s’emparer de moi alors que j’étais inconscient, endormi quelque part. Je n’avais jamais ressenti une telle émotion avant. Elle avait l’air si forte, elle était si belle. Sera-t-elle mienne un jour ? Je ne pouvais que l’espérer. Je me noyais dans sa beauté en contemplant son visage. J’avais l’impression qu’il existait un lien palpable entre nous, vraiment. Je voulais aller la voir chez elle, là où elle fait régner le calme, là où sa beauté éclatante ne peut que s’admirer, ne peut que nous rendre tristes de ne pas être elle, nous rendre mélancoliques, au point que nous souhaitions lui montrer des larmes que nous sommes bien incapables de verser.

    Elle me manquait cruellement. D’une certaine manière, j’avais l’impression que l’obscurité autour de moi, le malaise profond que je ressentais étaient liés à elle.

    On m’avait pourtant prévenu… On m’avait dit qu’elle était dangereuse… Qu’elle semblait innocente, gentille, douce comme l’aurore. On m’avait mis en garde contre ce pouvoir d’attraction qu’elle avait sur l’homme, contre son apparente amabilité, qui n’était en fait qu’un piège, qu’une manière de mieux nous attirer à elle. On aurait dû me dire son nom, mais on ne l'a pas fait.

    Son nom était Anaïtis. La coïncidence était frappante, mais il fallait d'abord la comprendre, puis bien vouloir l'accepter. Lorsque j'avais dix ans, la vieille m'avait pris à part. Elle m'avait dit:


    « Tu ne sais pas ce que la vie te réserve. Soit méfiant! Soit méfiant! Il faudra que tu tombe amoureux de celle qui pourra poser son regard sur toi chaque nuit, sans quoi tu t'en trouveras réduit à errer sous le ciel, mendiant infâme, réclamant son attention pour toujours! La vie ne t'épargnera pas les déboires qu'elle réserve aux fils d'impies! »

    Je n'avais jamais compris ces sombre présage. Mais il semblait que ce jour-là, tout se justifiait. J'aurais dû m'intéresser de plus près à ce qu'elle voulait me dire, à ce qu'elle avait à m'offrir. Mais je crois que je me suis simplement laissé capter par son arrogante beauté. Mon père n'avait pas tenu à m'expliciter tous les détails des croyances anciennes que le village entier avait adoptées. Il disait que le temps était venu pour que les choses changent, pour que les découvertes soient mises en exergue, pour que nous nous tournions vers un futur meilleur. Pour cela, il fallait selon lui ne plus être borné par la vénération de dieux et de déesses qui nous en demandaient trop, et qui semblaient ne plus être en mesure d'accorder à l'homme l'attention qu'il requérait de la part de ses protecteurs.

    Il y a quelque temps, cette femme était venue vers moi. Elle était si belle, si aimable. Je ne savais pas ce qu'elle désirait exactement. Je ne pouvais pas deviner que la malédiction était lancée sur ma famille, et que je devrais payer pour l'impiété de mon père.

    J'arrivais à proximité du village. L'aube semblait vouloir pointer à travers les épais bancs de nuages qui refusaient obstinément de quitter le ciel. Mes forces m'abandonnaient. Je vacillais, puis m'écroulais lourdement sur le sol. Je me suis endormi, je crois. J'ai fait un voyage onirique des plus marquants, durant lequel je la revis pour la dernière fois. Elle s'approchait de moi, et murmurait de sa voix si sensuelle, si douce, si caressante: « Regarde-moi ». Et je regardais encore. Je la vis, dans toute la splendeur avec laquelle elle s'était présentée à moi quelques jours plus tôt. Anaïtis, déesse de l'Amour. Elle n'avait pas pu me voir ce soir-là. Les nuages me cachaient à son regard. Elle m'avait maudit elle-même. Et la vieille avait raison.

    Je me suis réveillé un peu plus tard. Beaucoup plus tard. J'ai voulu rentrer chez moi. Je n'y ai trouvé que des inconnus, des gens que je n'avais même jamais vu. J'avais dormi trop longtemps. C'est alors que j'ai constaté que je n'étais plus le même. J'étais immortel, mes sens avaient disparus pourtant, ainsi que mes sentiments. Je n'avais plus que mon amour pour elle. Et j'avais compris que cet amour était voué à l'échec, jusqu'à la fin des temps. Je n'avais pas su suivre les conseils de la vieille.
    J'avais vingt ans cette nuit-là. Et aujourd'hui il est trop tard. Si je vous disais mon âge, vous refuseriez de le croire. Pourtant, j'erre à la recherche de son regard, et plus jamais je ne pourrais le trouver. Je referme l'ouvrage que je tiens tristement entre mes mains. Le titre tire de mon œil, sec depuis si longtemps, une dernière larme au goût amer. Il était écrit en gros caractères rouges:
    « Anaïtis, Représentation Érotique de la Lune ».

    Si au moins je m'étais inquiété de ce détail plus tôt. Elle avait placé toutes les cartes entre mes mains. Elle m'avait dit son nom. J'aurais dû le connaître, tout le monde le connaissait; mais l'impiété de mon père me l'a caché. Aujourd'hui, il est trop tard. Et la vieille avait raison.

    Si je pouvais encore mourir, je l'aurais volontiers fait. Mais elle m'avait damné à jamais. A jamais je resterai sur cette Terre, à chercher son attention, son amour, ou rien que son regard...



    Texte rédigé pour un battle sur le thème "Mélancolie Fatale". Rien de particulier à signaler ici.

    Mélancolie Fatale


    Un ciel azur, assombri. Je marchais le long de cette route de terre; je marchais, sans réel but. La nature s'était parée de tout ses atours ce soir-là. La forêt murmurait doucement; le ciel, de plus en plus sombre, laissait entrevoir des reflets rosés et orangés, faibles et pourtant si éclatants. J'apercevais un pont au loin. Dans mon errance, je m'en suis approché, puis suis remonté au fil de l'eau, hors des sentiers battus. Il n'y avait plus aucun signe de civilisation autour de moi. J'étais seul, bien seul. Je me suis assis sur une pierre plate, et j'ai contemplé. Oui, je contemplais. Bien sûr, je ne savais pas vraiment ce que je regardais. Le ciel, la terre, le ruisseau. Les reflets dans l'eau, dans les nuages, les branches et les feuillages qui s'agitaient lentement, laissant deviner leur complainte. Au regard de ce monde mourant, je me sentis empli de tristesse. Elle n'était pas arrivée subitement, mais s'était plutôt subrepticement glissée en moi, comme si elle était entrée par la petite porte de derrière, dont l'accès n'était connu que des habitués de l'établissement. Je ne l'avais pas entendue, ni vue, ni même sentie venir. Je constatais simplement qu'à ce moment-là, elle était bien là, dans mon cœur, attendant son heure.
    Oh, on me l'a déjà fait savoir depuis longtemps, il ne s'agit là que d'apparences, de vanités. La réalité se situe bien plus loin. Ce n'était pas Dame Nature en soi qui m'émouvait de cette manière. Elle n'était qu'un pion sur un échiquier dont elle ignorait l'existence. En vérité, elle n'était que le moyen. L'émotion, si forte, si poignante, ne venait pas d'elle. Ce qui provoquait cette tristesse en moi, c'était bien plutôt la beauté de cet endroit. Il se trouve que la beauté n'est qu'une part de la Beauté. Voilà ce qui me rendait si amer. J'étais en train, à ce moment, d'entrevoir la Beauté par la petite lucarne qu'était la Nature dans toute sa grandeur. Je n'avais pas immédiatement remarqué non plus, mais cette vision provoquait en moi une joie particulière. Je crois que ce sentiment se nommait mélancolie. Noirceur de l'âme. J'étais heureux à ce moment, pourtant le fait de savoir que cela devait prendre fin un jour me rendait triste. J'aurais pu savourer cela éternellement. J'aurais tant aimé... Mais ici, rien n'est éternel. Nous sommes dans le monde du relatif. La chaleur aigre-douce de la mélancolie s'amplifiait lentement en moi. Je voulais rester ici, je voulais ne jamais partir, ne jamais rien changer, je voulais que cet endroit reste toujours le même, et que j' y demeure pour toujours. Non, je me trompe, ce n'était pas là mes souhaits réels. La vérité, c'était que je voulais ÊTRE ce lieu si calme, si paisible, si harmonieux. Je désirais ardemment m'y incruster, couler dans le ruisseau, fondre chaque particule de mon corps dans le sol, être véhiculé dans la sève des arbres, et même devenir le vent, si léger, qui soufflait ce soir-là. Je souhaitais être le ciel, les nuages rosés orangés qui disparaissaient déjà pour faire place à une magnifique nuit étoilée. Mon vœu le plus cher, à ce moment, était de faire partie de cette Beauté si pure, si inaccessible. Je crois que j'avais même en moi l'idée d'être cette Beauté immatérielle.
    Pourtant, mon corps me rappelait à la dure réalité. Je n'étais qu'un petit humain, sur un monde où la perfection, ou l'éternité, n'ont pas cours. Ce désir violent corrompait la joie de ce moment. La mélancolie frappait dans ma tête, plus fort que jamais. J'aimais cette tendre tristesse, je ne voulais pas qu'elle s'arrête. L'éternel, le rêve d'absolu. Je sentais que je pouvais le toucher du bout des doigts. J'y avais presque accès, presque.
    Mélancolie, Ô toi qui nous correspond tant! Mélancolie, fruit de l'imperfection que nous portons en nous, symbole du déchirement que nous avons subi entre deux monde auxquels nous n'appartenons qu'à moitié! Mélancolie, je te prie, je te conjure, cesse donc de me tourmenter ainsi! Ramène-donc mon corps à ce monde, et mon esprit là d'où il vient! Je n'en peux plus d'être cet être déchiré, arraché à son foyer pour des raisons que je ne comprendrai jamais... Sauve-moi, Mélancolie, noire et puissante! Je te supplie de faire de moi ce que je dois être.
    Pourquoi avais-je pensé cela si fort? Pourquoi ces injonctions résonnaient-elle si fort dans ma tête? Je désirais cela, il est vrai. Le désir était fort, tant que l'amertume mêlée de douceur qui s'emparait de moi. Les mots résonnaient, de plus en plus fort, ma tête tournait. Je me sentais m'élever, pourtant je ne m'élevais pas. Je me sentais tournoyer, pourtant je n'en faisais rien.
    Et j'admirais le monde d'en haut, là d'où j'étais venu. J'étais exaucé. L'humain que j'avais été était mort désormais. J'avais été purifié, rendu à la droiture des choses. Mon corps était revenu à Dame Nature, comme je l'avais souhaité, et mon esprit s'en était retourné dans le monde d'en haut, le monde des êtres de grandeur. De là-haut, je pouvais admirer la terre, l'eau et le ciel tant qu'il me plaisait. De là-haut, je pouvais être le ciel, l'eau et la terre. Je pouvais être les feuilles qui murmuraient à leurs voisines dans des langages sylvestres si parfaitement mélodieux. Suprême récompense, Mélancolie, si noire et si blanche, cette dame qui jouait des deux côtés de l'échiquier, m'avait quitté, car je n'étais plus sur l'échiquier désormais. J'étais de ceux qui y déplaçaient les pièces.

    Fin


    Poèmes divers

    De la joie à la mort.

    Les vents se sont levés et le soleil se couche,
    Une dernière fois, la rive resplendit,
    Puis le jour disparait, laisse place à la nuit.
    Enfin, il n'est plus rien que l'astre doré touche.

    Assise au bord de l'eau, elle attend.
    Le temps ronge son coeur, lentement.

    L'amour l'avait saisie dans sa prime jeunesse
    Fille de paysan, avec un fils de roi.
    Et le prince l'aimait, il ravivait sa joie
    Par de doux mots emplis de superbes promesses.

    Assise au bord de l'eau, elle attend.
    Le temps ronge son coeur, lentement.

    Sous l'oeil de dame lune, elle le retrouvait
    Le prenait par la main, et lui contait l'amour,
    Et lui de l'observer comme s'il était sourd,
    Il écoutait son coeur, qui fortement battait.

    Assise au bord de l'eau, elle attend.
    Le temps ronge son coeur, lentement.

    Un jour il la guida, et elle le suivit
    Sur de sombres chemins, au coeur de la forêt.
    Arrivé près d'un lac, elle le regardait
    Et lui par ce regard avait été séduit.

    Assise au bord de l'eau, elle attend.
    Le temps ronge son coeur, lentement.

    Il la prit dans ses bras, elle se laissait faire
    Dans l'herbe ils se couchèrent et passèrent la nuit.
    Puis au petit matin, le soleil les surpris.
    Ils étaient tous deux nus, lorsqu'ils se réveillèrent.

    Assise au bord de l'eau, elle attend.
    Le temps ronge son coeur, lentement.

    Sa robe était trop mince, et son ventre trop gros,
    Elle allait enfanter du fils de son amant.
    Elle alla donc vers lui, celui qu'elle aimait tant,
    Il ne voulu l'entendre, s'en alla aussitôt.

    Assise au bord de l'eau, elle attend.
    Le temps ronge son coeur, lentement.

    Elle rentra chez elle, pleurant toutes ses larmes.
    Son père l'apreçu, et vit son lourd fardeau.
    Pris de rage et de honte, l'envoya au château
    Pourtant tous ignoraient qui était cette femme.

    Assise au bord de l'eau, elle attend.
    Le temps ronge son coeur, lentement.

    Elle s'en alla donc à nouveau vers le lac.
    Elle saisit l'épingle attachant ses cheveux,
    Dans le coeur de l'enfant, noyée dans ses yeux bleus
    Elle enfonça l'épingle, et tomba dans le lac

    En paix au fond de l'eau, elle attend.
    La brûme l'environne, lentement.

    Fin

    Texte inspiré de "Der Fels Im Moor", par Carved In Stone
    (Cette chanson est vraiment trop triste. L'allemand devrait être un impératif, juste pour permettre la compréhension directe de quelque chose d'aussi beau!)

    Der Fels im Moor

    (Traduction: Le Roc dans le Marais)

    Dort, wo die Nebel nie verweh’n,
    wo nie das Licht sich zeigt,
    dort steht seit ewig langer Zeit
    ein Fels im Moor und schweigt.
    Die Unken singen dort ihr Lied
    in jeder neuen Nacht,
    als wüssten sie, was einst hier war
    und was dies Unheil bracht.

    (Là où le brouillard ne se dissipe jamais
    Où la lumière ne se montre jamais
    Là se trouve depuis un temps éternellement long
    Un roc silencieux dans le marais
    Les crapauds y chantent sa chanson
    A chaque nuit nouvelle
    Comme s’ils savaient ce qui arriva ici
    Et ce que ce malheur amena.)


    Es lebte einst vor vielen Jahr’n
    ein wunderschönes Kind,
    ein Bauernmädchen, jung und zart
    und frisch wie Morgenwind.
    Die liebte einen Königssohn,
    dem war sie angetan.
    Sie trafen sich des nachts im Wald,
    dass sie beisammen war’n.

    (Il y a de nombreuses années vivait
    Une enfant merveilleuse
    Une fille de paysan, jeune et douce,
    Et fraîche comme le vent du matin.
    Elle aimait un fils de roi
    Qu’elle trouvait charmant,
    Ils se rencontraient la nuit dans la forêt
    De manière à être ensemble)


    Er koste sie, er sprach zu ihr
    manch Wort wie Honig süß.
    Sie glaubte ihm und war ganz sein,
    bis er sie dann verstieß.
    Sie weint’ so sehr, es war im gleich,
    sie bat ihn: "Bitte, bleib!"
    und wusst nichts von der bitt’ren Saat,
    die wuchs in ihrem Leib.

    (Il l’entretenait, il lui parlait
    Des mots doux comme du miel
    Elle le croyait et était entièrement sienne
    Jusqu’à ce qu’ensuite, il l’abandonne
    Elle pleurait tellement, ça lui était égal,
    Elle le suppliait : « s’il te plaît, reste »
    Et ne savait rien de l’amère semence
    Qui s’éveillait dans son corps.)


    Und als das Kleid zu eng ihr ward,
    da kam die Sache raus.
    Der Vater schlug sie grün und blau
    und trieb sie aus dem Haus.
    Und als sie dann ihr Kind gebar
    im dunklen Moor, allein,
    da war sie voller Angst und Schmerz
    und wusst’ nicht aus noch ein.

    (Et alors que la robe devint trop étroite pour elle,
    Alors, la chose sortit
    Le père la frappa violemment
    Et la jeta hors de la maison
    Et alors qu’elle portait son enfant,
    Dans le sombre marais, seule,
    Elle était emplie de peur et de maux
    Et ne savait plus comment entrer ou sortir)


    "Geliebtes Kind, in dieser Welt
    sind wir nun ganz allein,
    doch vor der andern Hohn und Spott
    bewahret sollst Du sein."
    Sie zog die Nadel aus ihrem Haar,
    stach sie dem Kind ins Herz.
    Dem Wahnsinn nahe, tränenblind,
    nie fühlt’ sie solchen Schmerz.

    (« Cher enfant, dans ce monde
    Nous sommes maintenant bien seuls
    Des moqueries et de la dérision des autres,
    Tu dois être protégé »
    Elle tira l’épingle de ses cheveux,
    La planta dans le cœur de l’enfant
    La démence s’approcha ; aveuglée par les larmes,
    Jamais elle n’avait senti une telle douleur.)


    Sie nahm das Kind auf ihren Arm
    und sank ins Moor hinab.
    Sie floh vor der Verachtung fort
    und fand ein stilles Grab.
    Am Felsen, wo die Unke singt,
    verließ sie diese Welt.
    Seitdem wird dieser Platz nie mehr
    von Sonnenlicht erhellt.

    (Elle prit l’enfant dans ses bras
    Et descendit dans le marais
    Elle a fuyait le mépris
    Et trouva une tombe calme
    Sur les rocs, où les crapauds chantent,
    Elle a quitté ce monde.
    Depuis, ce lieu n’a plus jamais
    Eté éclairée par la lumière du soleil.)


    Cette traduction est maladroite par endroit, mais j'ai préféré ça, tout en restant plus proche du texte, cela permet (j'espère) de mieux se rendre compte de ce à quoi ressemble l'original.



    Morrigane

    Une lumière au loin, résidu de l'aurore,
    S'en vont l'astre du jour, les couleurs rouge et or.
    Je plonge dans mon cœur, j'y cherche un souvenir
    D'un temps qui fut heureux, empli de ton sourire.
    Le jour faiblit encore, il est mis en son tort
    par les constellations, l'armée des sages morts.

    Serais-tu parmi eux, toi que j'ai tant chérie?
    Pourrais-je apercevoir parmi elles ton âme
    Tes traits resplendissants, tes cheveux couleur flamme?
    Resteras-tu fidèle au chemin des bannis?

    De mon python rocheux, je les entends crier
    "Elle est une sorcière, il nous faut la brûler!"
    La lune me regarde et elle est impuissante.
    Elle qui si longtemps en toi fut immanente,
    Elle était pourtant là, mais elle n'a pas bronché
    Lorsque ton sanctuaire, en leurs mains fut ruiné

    L'homme devient obscur, son cœur même est pourri
    Par trop de corruption, d'envie et de désirs,
    D'égoïsme malsain et de faux repentirs!
    Belle lune d'argent, mort à tes ennemis!

    Cette nuit est bien calme, et Solitude vient
    Me rencontrer encore et recréer nos liens.
    Je m'assieds sur le sol, je contemple le ciel
    Et je repense à toi, qui fut tellement belle.
    Puissent les astres en toi conserver tout le bien,
    Et de ton cœur doré, ne laisser perdre rien!

    Le soleil t'a trahie, Morrigane! La nuit
    Te rendra à la vie. Oui, belle Morrigane,
    Je l'ai demandé à la lune, Morrigane
    Et elle accomplira l'accord de cet édit!

    Et au passage, une petite analyse qui, j'espère, répondra à la question de Morg.

    ATTENTION: si vous désirez garder le sens du poème pour interprétation personnelle, NE PAS LIRE L'ANALYSE!

    Merci!

    Morrigane, forme totalement libre (ou presque). L'idée était de faire ressentir dans la structure l'intériorité du narrateur. Je ne sais pas si ça fonctionne, mais je pense qu'on peut le remarquer. Je voulais faire des alexandrins, mais quelques vers posent problème (cinq si j'ai bien compté), il faudra que je retravaille tout ça.

    La première strophe amorce l'entrée en matière du souvenir. Le narrateur contemple le jour qui disparait, qui fait place à la nuit. Lieu commun des romantiques: crépuscule rougeoyant. Entre les deux premiers et les deux derniers vers de cette strophe, on voit apparaître le souvenir. Le fait de le placer de manière embrassée entre les vers qui décrivent le crépuscule essaie de montrer quu d'une part il y a un lien entre le crépuscule (pouvoir des astres, arrivée de la Lune, ici personnifiée) et le narrateur, et que le crépuscule remet en mémoire le souvenir au narrateur, de manière presque inconsciente pour lui. L'effet recherché était de donner au souvenir une qualité évanescente dans un premier temps.

    Le premier refrain (c'est ainsi que je nommerai mes quatrains) montre l'interrogation du narrateur (évidemment). Il est apparemment amoureux d'une sorcière. En ce qui concerne le thème, on n'en retrouve qu'un, à savoir la sorcière. Le souvenir prédomine, et dans un premier temps, le narrateur reste sceptique quand à la mortalité, il se demande si sa sorcière ne vit pas parmi les astres.

    Dans la troisième strophe, le souvenir se précise, le narrateur se remet en mémoire la scène de la mort. Ceci provoque une certaine haine en lui, qui justifie le quatrième paragraphe. La structure de la strophe, pour des raisons stylistiques, est la même que pour la première. Je tenais à conserver cette structure, j'ai donc décidé de mentionner la scène de la mort dans les deux premiers vers, la Lune dans les deux seconds, et ensuite de les faire se rejoindre dans les deux derniers vers. On comprends donc que la femme qu'il aime est une sorcière, qu'elle avait un lien fort avec la lune, et que le narrateur fait le lien entre les deux: "La lune [...]en toi fut immanente". On suppose donc que le narrateur fait le lien à raison.

    Sa haine se tourne cependant contre les hommes dans le deuxième refrain. Allusions à l'inquisition, particulièrement apparente dans le troisième vers du refrain. Comme le refrain précédent, celui là se focalise sur un élément (les hommes au coeur pourri). Il rend également explicite le lien qui se conçoit dans la tête du narrateur, à savoir que les ennemis (les hommes) de mes amis (la Lune, qui représente la Morrigane) sont mes ennemis.

    La cinquième strophe ramène le calme, le rythme et le ton baissent. On retrouve le soir, la nuit, et la qualité évanescente du souvenir. Le narrateur se fait une raison, du moins nous pouvons le croire. Il souhaite le bien de la sorcière dans la postérité. Cette strophe lie en quelque sorte les deux autres couplets (j'appellerai couplet les strophes de six vers). On y retrouve le narrateur, qui est seul (vers 1-2), puis le ciel (vers 3), la Morrigane (vers 4), les astres (écho aux constellations, première strophe, ici dans le vers 5), et on y ajoute la bonté de la sorcière. Encore une fois, le fait d'adopter un schéma de rimes a abba a (embrassées) permet de créer un lien fort entre les vers (1-2 et 5-6, même rime, 2-3-4-5, embrassées). Ceci peut montrer l'unicité des thèmes, qui sont parfaitement folkloriques, et dont l'unicité ne va pas nécessairement de soi.

    Le dernier refrain montre que finalement, le narrateur n'était pas désespéré, malgré le fait que j'aie cherché à le faire penser auparavant. Il va ressusciter la Morrigane, découverte dans ses activités durant la journée (trahie par le soleil), et à travers qui la magie et la Lune, la nuit, coulent. Les secrets de la Morrigane n'en sont plus, elle les a divulgué au narrateur, qui va pouvoir en user pour elle. Ceci laisse supposer que l'amour que le narrateur vouait à la sorcière n'était pas inspiré par une quelconque magie, mais bien réel.

    Voila pour des explication, je me suis senti forcé d'extrapoler par endroits, j'en suis désolé. J'ai gardé l'analyse aussi concise que j'ai pu, mais j'ai beaucoup de choses à dire au sujet de ce poème...




    Une poésie, ou une chanson, comme vous voudrez. Elle est destinée à être chantée, mais il me semble que ce sont là des alexandrins. Elle peut donc être déclamée. A vous de voir.

    La Complainte d'une Déesse.

    Dans le cœur de la nuit s'élève une complainte
    Une voix belle et gaie qui chante dans l'étreinte
    De la noble forêt et de hautes montagnes
    Résonnant dans les vaux jusques à la campagne.

    Elle chante à l'amour, elle chante à la vie,
    Elle se veut jolie, ne souffre un ton terni,
    Et lance en la fraicheur du soir sa mélodie
    Emplie de sons dansants, d'un soupçon de folie.

    «
    Ô beauté qui m'est chère, où souhaites-tu aller?
    Tu m'abandonnes là et je suis condamnée!
    Pourtant ma vie durant je t'ai vraiment aimée,
    Si tu t'en vas sans moi, je n'irai plus danser!

    »

    Dans la nuit, dans le froid, la voix parcourt le monde
    Et chante un peu plus fort si le tonnerre gronde.
    Partout où elle passe, entonne la nature
    Cette douce complainte onirique et si pure.

    Elle chante à la joie, elle chante à l'ivresse
    Avec force tendresse et beaucoup d'allégresse.
    En tout lieu qu'elle foule, une foule se presse,
    Pour pouvoir écouter le chant d'une déesse.

    «
    Ô beauté qui m'est chère, où souhaites-tu aller?
    Tu m'abandonnes là et je suis condamnée!
    Pourtant ma vie durant je t'ai vraiment aimée,
    Si tu t'en vas sans moi, je n'irai plus danser!

    »

    Pourtant il fallut bien qu'un jour quelqu'un arrive
    Qu'il prenne place ainsi sur les exquises rives
    Gâche de sa présence une harmonie divine
    Ruine de sa grandeur ce que les dieux dessinent

    Et la voix de chanter encore bien plus fort
    Elle ne savait pas qu'elle était faible encore
    Face à ce Dieu unique, usurpateur d'abord,
    installant ses Mignons, qui répandent la mort.

    «°
    Ô beauté qui m'est chère, où es-tu donc allée?
    Je suis abandonnée, je me sens condamnée
    Pourtant ma vie durant, je crois t'avoir aidée
    Tu es partie sans moi, je te ramènerai!

    °»
    By landsofoniria


    Un poème écrit pour un battle sur le thème "un souvenir d'enfance". Comme l'a signalé très justement Jaïnem, l'enfance n'est pas suffisamment présente dans ce texte... Dommage. J'ai également apporté une correction proposée par Oursinus (encor au lieu de encore), afin de respecter la rime masculine. Merci à vous deux donc!

    Souvenir.

    Dans une sombre nuit, j'erre sur ces rivages.
    Pendant qu'autour de moi, le monde tourne encor,
    Ce soir-là règne en moi un silence de mort.
    C'est alors que tu viens, le jour sur ton visage.

    Tu illumines tant la nuit sur cette plage,
    De tes grands yeux azurs, de ton sourire d'or
    Qu'à te voir si radieuse, on souffrirait d'un sort.
    Dès ce moment, je sens que mon cœur est en cage.

    Souvenirs de ce temps que tes yeux capturaient,
    Brèves éternités où tes bras m'enlaçaient,
    Je pourrais bien mourir pour un instant de plus.

    Mais aujourd'hui pourtant, tu es trop loin de moi,
    Je sais pertinemment que de ce temps, le poids
    En mon cœur restera à tout jamais reclus.
    By landsofoniria


    L'Eau Coule sous les Ponts...

    L'eau coule sous les ponts, et pourtant aujourd'hui,
    Cette eau ne pallie pas la soif qui me ravage.
    Jusqu'à la mer au loin, le deuil de ses rivages
    Écume les humeurs comme un soleil qui fuit.

    Encore un peu de pourpre, une âme dans la nuit
    S'en va chercher la paix, libérée de sa cage.
    Sur d'incertains chemins vers les cieux, elle s'engage.
    Son image nous suis, telle une ombre qui luit.

    "Honni ce jour maudit! Bannie cette idiotie!
    Que ce sang à jamais hante l'âme tarie
    Qui d'un geste mauvais, a détruit une vie!"

    Rouge est l'eau sous le pont, la haine s'approprie
    Un cœur qui se déchire, une bouche qui crie
    L'innommable rancœur dont un être s'habille.
    By landsofoniria


    Malédiction.

    Sombre solitude ou masque de cire
    À l’obscurité, je n’ai rien à dire

    Reste le temps
    En mouvement

    Le diable m’emporte en ses terres noires,
    Repère du faible et du corrompu.
    Mon âme s’enfuit, je demeure nu ;
    Entre flamme et nuit, choit ma tour d’ivoire.

    L’Ombre reprend
    Un cœur dément

    Ténèbres sans fin, Ô toi, perdition,
    Quand cesserez-vous de me torturer ?
    N’ai-je pas ma faute assez compensé ?
    Ce n’est pas moi qui hais la création.

    Paroles vaines
    En ce domaine.

    Je sens mon esprit qui vacille tant !
    Mon âme est tombée, mais je suis vivant.
    By landsofoniria


    Tout Se Confond.

    D'où nous venons, où nous allons, tout se confond
    Dans l'ombre et l'air nauséabond que nous crachons.

    Dès la naissance, un être avance avec aisance
    Vers la nuisance envenimée de l'ignorance.
    Lors vient l'envie de suivre aussi le train de vie
    Qui nous dévie sur les chemins d'actes impies.

    Tout se confond sous l'infection que ces démons
    répandent donc dans les tréfonds de la raison.

    Et puis on erre, et on se perd, dans l'atmosphère
    Trop délétère et enfumée qui se resserre
    Toujours plus fort sur notre corps qui, lui, l'ignore.
    Le tort, où l'on se vautre alors, mène à la mort.

    Ce qui se passe autour de nous lorsqu'on trépasse
    Surpasse enfin l'entendement qui nous embrasse.

    On se confond dans l'ombre et l'air nauséabonds
    Qu'un court instant, on respirait à pleins poumons.
    By landsofoniria
    Dernière modification par landsofoniria ; 11/07/2016 à 13h13.
    Reste l'ennui, reste l'orage, Reste la fraîcheur du soir
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  2. #2
    Plumiste Avatar de Niatnaë
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    Si tu ne le sait pas encore, j'aime beaucoup tes textes : Une fluidité dans l'écriture, une certaine facilité à faire ressentir les émotions.

    Bref, tu es un bon écrivain et c'est toujours avec joie que je relève le défi d'écrire contre toi car je sais d'avance que ça ne va pas être simple et donc que je ne serai pas déçu par ta prestation.

  3. #3
    Plumiste Avatar de landsofoniria
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    Non je ne le savais pas. En tout cas pas aussi bien qu'à présent

    Merci pour ton commentaire, il m'a fait chaud au coeur héhé. Mais je suis toujours déçu des émotions qui passent dans mes textes, car justement, je les trouve fades. Content d'entendre que ce n'est pas l'avis de tout le monde!

    J'apprécie aussi d'écrire contre toi On va se faire plein de battles dans lesquelles je pourrai perdre à loisir :?

    George Haldas disait que tout poète (que dans ce cas je remplacerai par "écrivain") est toujours déçu de sa prestation. C'est mon cas, mon texte n'est jamais assez bien à mes yeux. Par contre les tiens... Sans parler de "te souviens-tu...", parce que celui-là est hors catégorie.

    Je crois que j'ai des choses à apprendre de plein de gens, mais de toi en particulier quand il en va de l'écriture. Merci pour ton soutien (et celui des "cris des mots" en général)
    Reste l'ennui, reste l'orage, Reste la fraîcheur du soir
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  4. #4
    Vétéran Avatar de la brebis
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    c'est très bien écrit rien à dire là dessus. mais j'ai l'impression de lire un énième texte d'heroic fantasy. je trouve qu'il manque ta touche, le truc qui fait qu'on sait que ce texte est de toi et de personne d'autre.


    les poèmes sont déjà beaucoup plus personnels, surtout morigane. on sent que tu y livres plus de choses.

    je sais qu'il y a un gros travail pour écrire tes rp, ton style est très simple et efficace mais trop impersonnel. voilà je suis désolée mais je préfère te dire ce que je pense.

    j'ai juste envie de te dire surprends moi
    Nulle terre sans guerre

  5. #5
    Plumiste Avatar de landsofoniria
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    Ceci ne plait pas toujours mais il est vrai que je ne recherche pas particulièrement l'originalité quand j'écris "Les Chroniques d'Oniria" ou "Les Chroniques de L'Empire Noir". J'ai, en quelque sorte, imaginé un monde qui tire ses éléments de nombre de films / jeux / livres différents, mais qui somme toute utilise des éléments communs. Ca ne me dérange pas particulièrement, c'est même plutôt ce que je recherche.

    Quant au style, parfaitement d'accord, il est trop impersonnel. J'y travaille, mais sans grand succès... Je suis preneur de tous conseils qui pourraient m'aider à ajouter à mes textes une dose de personnalité (musique, état d'esprit selon Lys et Niat, je suis d'accord, mais ce n'est malheureusement pas suffisant). Je me demande si je ne suis pas un cas désespéré quant on en vient à la personnalité apparentée au style.

    C'est vrai que mon style est simple, je ne cherche pas la complication, je préfère la précision. Il fut un temps ou j'écrivais des phrases de cinq à dix lignes, emplies de subordonnées en tous genre, de connecteurs logiques tous plus recherchés les uns que les autres afin d'éviter les répétitions trop fréquentes. Puis j'ai trouvé ça lassant, inutile, alors je me suis rabattu sur quelque chose de plus simple, et, au même titre, de plus agréable à lire.

    Merci pour ton commentaire! J'apprécie qu'on dise ce qu'on pense
    Reste l'ennui, reste l'orage, Reste la fraîcheur du soir
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  6. #6
    Plumiste Avatar de Niatnaë
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    On sent bien de manière général ce que ressentent tes persos et c'est pour ça que l'émotion est bien présente. Ensuite je préfère un texte simple qu'un trop compliqué quoique parfois ça peut être un bon exercice.

    Pour le côté impersonnel, c'est vrai que c'est dommage. Mais ça se travaille ^^

  7. #7
    Vétéran Avatar de la brebis
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    j'apprécie les textes écrits de manière simple. souvent les RP sont remplis de phrases à rallonge indigestes. des énumérations sans fin, des descriptions interminables qui font perdre le fil de l'histoire. c'est pour ça que j'essaie aussi d'alléger mes phrase pour ne garder que l'essentiel. mais c'est un exercice très difficile.

    pour le style un jour ça viendra, à force d'essayer, de raturer, de recommencer. tu as déjà des très bonnes bases.
    Nulle terre sans guerre

  8. #8
    Visiteur Avatar de yannnaze
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    c'est plaisant à lire.

  9. #9
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    Par défaut

    J'aimerai bien avoir des explications sur la forme prise pour le poème Morrigane du 6;4.
    Peut-être, si je m'en sens le coeur, j'écrirai quelques commentaires, plus tard.

  10. #10
    Plumiste Avatar de landsofoniria
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    01/10/2008
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    318

    Par défaut

    J'ai tenté de répondre à ta question, avec plus ou moins d'extrapolations inutiles pour toi, mais que je me sentais contraint à laisser. J'ai affiché un second spoiler au fond du spoiler "Morrigane", tu peux jeter un oeil, et me dire ce que tu en penses (si tu t'en sens le coeur).

    Merci pour ton commentaire et ton intérêt
    Reste l'ennui, reste l'orage, Reste la fraîcheur du soir
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