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Discussion: Les cerisiers sont en fleurs

  1. #1
    Coutumier Avatar de bribri
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    25/12/2009
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    Par défaut Les cerisiers sont en fleurs

    LES CERISIERS SONT EN FLEURS

    Elle regarde par la fenêtre. Le regard noyé dans une contemplation lointaine. Non, son regard n'est pas vide. Par moment ses yeux fatigués s'agrandissent, se rétrécissent, s'embuent sous le coup d'une émotion, d'un doute, d'un souvenir.

    Dehors la rue s'éveille. Les bras contre sa poitrine, se lovant dans ce vieux châle en laine, elle est là, dans le froid, dans la pénombre, dans sa solitude. Depuis combien de temps est-elle ainsi, debout, les pieds enfoncés dans des pantoufles hors d'âge?

    S'il n'est de temps en temps ce frémissement courant sur ses épaules, je pourrais croire à une statue, œuvre d'un artiste tourmenté. Il y a quelque chose de surnaturel dans sa posture. Un je-ne-sais-quoi qui attire, qui fascine autant qu'elle semble l'être par ce qu'il se passe dehors.

    Je l'appelle doucement. Elle tourne lentement son visage vers moi. Un petit sourire timide vient plisser ses lèvres puis c'est tout. Son regard est de nouveau attiré par ce qu'il se passe de l'autre coté de la fenêtre.

    Alors, je m'approche aussi. Le bruit de mes pas résonne dans l'appartement silencieux. Mais cela ne dérange que moi. Même Rufio le chat ne bouge pas une oreille. Il ne dort pas pourtant. Il semble attendre paisiblement que sa maîtresse vienne à lui et, comme à l'accoutumée, lui caresse doucement la tête.

    Ce silence peut sembler pesant et difficile à vivre. Mais non, il règne dans la pièce une sérénité peu commune. L'air est léger, il coule tout seul, à peine pimenté par la fragrance de son parfum habituel.

    Rien n'a changé et pourtant tout a changé. Que s'est-il donc passé depuis hier?

    J'enlève mes escarpins pour me rendre à la minuscule cuisine, si nette, si bien rangée, si tellement parfaite. Le café est prêt, comme toujours quand je viens le mardi matin. Ma tasse habituelle m'attend. Je sais que ce n'est pas elle qui a tout préparé. Mais, peu importe, je fais comme si. Cela me réconforte de voir se suivre cette habitude d'avant.

    Aujourd'hui n'est pas un jour ordinaire.

    Rufio a changé de position sur le canapé vert pale. Je vais m'assoir à coté de lui. Posant négligemment ma main sur sa tête, caressant doucement son pelage argenté. Il me fixe un instant puis son regard se porte de nouveau vers la fenêtre, vers sa maîtresse. Je la regarde aussi, peut être comme je ne l'ai pas regardée depuis longtemps. Avec douceur, avec lenteur, avec soin, comme si je craignais de la faire souffrir, de lui faire mal, de la déranger dans sa contemplation. Je la regarde comme une caresse tendre.

    Je bois mon café, lentement, doucement, la tasse serrée entre mes deux mains, la tête du chat Rufio posée sur ma cuisse. Au gré de ces instants qui filent, mes émotions défilent. Quelque chose que je ne saurais définir. Un apaisement, un soulagement, un amour serein, une admiration tranquille, impossible de dire vraiment, ces sentiments naissent en moi puis partent voleter ailleurs, jusqu'à elle.

    Elle n'a pas bougé mais son visage est devenu grave, ses yeux se sont assombris, ses épaules un peu plus courbées, quelque attitude qui trahit chez elle une émotion douloureuse. Est-ce l'odeur du café, le bruit de mes pas qui a modifié son humeur?
    Est-ce ce qu'il se passe dans la rue? Par la large fenêtre, je vois les passants accélérer leur allure. Certains serrent contre eux les pans de leurs manteaux d'hiver. Il fait froid encore pour cette fin avril même si le soleil nous fait le plaisir de sa visite quotidienne depuis dix jours maintenant.
    "En avril, ne te découvre pas d'un fil!" Combien de fois m'avait-elle dit cette petite phrase? Chaque mois d'avril depuis mon enfance, je crois bien. Cette pensée fait naître un sourire, des centaines de souvenirs, des images, des instants de bonheur volés à la vie.

    Au loin j'entends sonner les cloches de l'église. Machinalement je compte. Onze heures déjà. Le temps a filé. Il faut que je me lève, que je remette mes escarpins et j'aille à elle pour lui demander si elle a besoin de quelque chose. Oui, j'aurais dû faire cela mais je ne le fais pas. Je reste là, quasi immobile aussi, la regardant observant sa vie par delà la fenêtre.

    Jamais depuis longtemps je n'ai eu ce sentiment d'être aussi proche d'elle. Comme si ce silence, ces émotions que je vois sur son visage faisaient naître une sorte de communion, un partage émotionnel à la fois intense et apaisant.

    Puis elle bouge, lentement, précautionneusement, un peu comme au sortir d'un rêve. Elle s'approche de son fauteuil et s'assoit. Sa main vient au devant de la mienne que, instinctivement, j'ai tendu vers elle. Ses doigts se mêlent aux miens en une douce caresse. Leur douceur, leur chaleur emporte tout mon être et je laisse couler doucement les larmes sur mes joues.

    Elle murmure quelques mots que je ne comprends pas. Il y a longtemps que je ne comprends plus ce qu'elle dit mais là, à cet instant précis, elle est là avec moi, rien qu'avec moi. Ses frayeurs, ses tourments se sont envolés. Elle est paisible goûtant chaque seconde qui passe comme une bouchée de son dessert préféré.
    Rufio quitte le canapé et va se caler sur ses genoux amaigris. J'ai froid d'un seul coup. Un froid intense qui me fait frissonner.

    "Les cerisiers sont en fleurs", dit-elle.

    Cette petite phrase, si anodine, si simple, si banale presque, entraine avec elle une myriade de souvenirs. Te souviens-tu, toi, enfermée dans ton grand vide, dans ton mutisme, dans ta vie? Te souviens-tu des cerisiers en fleurs? Les as-tu vus par la fenêtre?
    Te souviens-tu de la petite fille qui t'avait ramené toute fière un joli bouquet de cerisier en fleurs. Tu l'avais grondé. "Ce sera des cerises en moins pour l'été", avais-tu dit. Mais tu avais pris le bouquet, tu avais choisi un vase, coupé les tiges et arrangé harmonieusement les branches fleuries. Tu avais ensuite posé ce vase sur la table du salon. "C'est vrai que c'est joli les cerisiers en fleurs", avais-tu murmuré en posant tes lèvres sur la joue de la petite fille.

    tu t'es levée lentement, toujours ma main dans la tienne et tu m'as emmenée vers la fenêtre contempler ta vie au travers tes vitres propres. Je me suis serrée contre toi et j'ai regardé aussi par la fenêtre.
    Il me faudrait partir, retrouver ma vie, le fil de ma vie, ma vie quotidienne avec ses petits bonheurs, ses tracas aussi. Le temps des malheurs s'est éloigné pour le moment. Je sais qu'il reviendra encore et bientôt. Je sais qu'il y en aura d'autres; hélas. Mais là, aujourd'hui, je goute cet instant fragile où tu m'as ouvert une fois de plus tes bras et je me suis blottie encore une fois dans ta tendresse.

    Je n'ose bouger de peur de rompre le charme et qu'encore tu ne t'enfuis loin, si loin de moi.
    Et nous restons là. L'une avec l'autre, parlant peu, à mi voix. "Tu te souviens"?
    "Oui, Maman, je me souviens".

    Tu as murmuré contre mon oreille, comme pour partager un secret : " les cerisiers sont en fleurs".

    Tu es repartie dans ce monde où je n'ai plus de place. Je t'ai embrassé sur la joue. Tu n'as rien dit. Tu n'as pas répondu à mon au revoir. Tu es loin déjà, si loin de moi.

    J'ai remis mes hauts talons, caressé la tête du chat et suis partie vers ma vie, gardant précieusement dans mon cœur ces instants volés. Demain sera autre. Demain tu me regarderas comme une étrangère, demandant qui je suis et pourquoi je viens te voir. Demain, tu me diras des mots qui n'auront de sens que pour toi. Et tu t'agiteras parce que je ne comprends pas. Demain, tu auras oublié aujourd'hui. Demain, demain, demain... tu diras peut être, comme une grande nouvelle, "les cerisiers sont en fleurs".

    Je t'aime, Maman, mais toi, tu as oublié.


    NOTES : Je vous soumets ce texte écrit il y a longtemps et que j'ai retrouvé dans mes archives et retravaillé. Initialement, j'utilisais le passé mais il m'a semblé que l'emploi du présent apportait une dimension plus vivante. Certaines phrases sont restées au passé, volontairement. Je ne sais pourquoi, écrites au présent elles me semblaient vidées de leur substance.
    Vous aurez compris que ce texte retrace un vécu mais ce n'est pas une histoire vraie à proprement parlé.
    Merci d'avance.

  2. #2
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    Par défaut Re : Les cerisiers sont en fleurs

    Bonjour Bribri!
    Tu as bien fait de nous proposer ce texte en dégustation et j'espère que d'autres viendront le rejoindre dans ce qui pourrait être ta galerie personnelle comme d'autres font!
    D'ailleurs il me semble que le titre de ta nouvelle pourrait convenir à tes autres textes, mais c'est toi que cela regarde...

    Concernant ce beau texte j'ai apprécié à la fois l'écriture et le ton, cette atmosphère intimiste où l'attente est l'essentiel, attente d'un événement improbable, d'une pensée, d'un regard, d'une parole.
    Bien sûr il y a du vécu là-dessous mais tout est dit avec pudeur et délicatesse que ce n'est pas une confession abrupte mais un moment d'intimité dans tes souvenirs que tu nous invites à partager tout en gardant la distance littéraire et en apportant cette atmosphère poétique indicible qui fait que chacun peut à on tour s'approprier ce souvenir et croire qu'il l'a déjà connu...ou qu'il le connaîtra un jour!

    Merci encore pour ce beau cadeau.

    Juste une remarque qui est sans doute anecdotique et très personnelle donc à prendre comme elle est, sans arrière pensée et sans formalisme: il me semble que tu aurais pu ne pas sauter autant de lignes entre tes paragraphes et en réunir certains, en gardant seulement le retour à la ligne de façon à marquer seulement par des sauts de ligne les temps forts de ton récit. Mais peut-être cet émiettement est-il voulu pour traduire à la fois l'émiettement de la pensée et le temps qui s'étire et se dilue...?
    Ex-Modérateur de la Taverne: bénévole de mars 2010 à septembre 2016. Banni du 10/10/2016 au 10/11/2016

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    Merci à Zuzu pour la mise en page de mon dessin
    Je n'en démordrai pas: je suis vraiment convaincu que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis et que si on ferme son clapet, on a la liberté de tout dire ! Mais faudrait pas pousser tout de même !

    Ici je ne recrute plus ! Mais j'ai retrouvé un antre là: http://ensemble.poeticforum.com (demandez la clé à Cantabile)

  3. #3

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    Par défaut Re : Les cerisiers sont en fleurs

    A supprimer ? C'est un peu laconique non ? Des précisions sur le pourquoi ?


    Je garde mes sourires pour la fin...
    Jendorline

  4. #4
    Coutumier Avatar de bribri
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    Par défaut Re : Les cerisiers sont en fleurs

    Comme Modours m'y a encouragée, je vous mets ici un texte que j'avais écrit pour une joute de l'année dernière. Je n'avais pas pu participer, ou pas oser alors. Je pense que vous trouverez rapidement le thème de cette joute


    C'est l'histoire d'une puce qui, un jour, décida de faire un voyage en bus.

    Trouvant que son existence de puce n'était pas des plus excitantes, toujours le même chien, toujours le même quartier mal famé, toujours, toujours, toujours... c'était bien monotone. Notre petite puce en eut assez, elle voulut du nouveau dans sa vie.

    Un soir que son porteur nourrisseur s'était abrité de la pluie sous le banc d'un abri bus, elle remarqua ces humains montant dans de gros véhicules bruyants et polluants. S'occuper de la pollution quand on est une puce peut paraitre un peu étrange, mais elle n'était pas une puce comme les autres. Toute petite, à peine éclose, elle avait pris un soin tout particulier à trouver un bon porteur nourrisseur qui respectait la nature. Pas un de ces toutous qui se nourrissait de boites et autres croquettes, mais bel et bien un vrai nettoyeur de poubelles et qui faisait ses besoins dans les parterres fleuris de la ville pour ne pas salir les trottoirs. Un chien qui n'aimait pas les shampoings et autres nettoyages, ni se rouler dans la première flaque d'eau venue.
    Mais je m'égare. Donc notre puce, ce soir-là, décida d'expérimenter ce mode de transport. Intuitivement elle avait deviner que les humains prenaient le bus pour se rendre ailleurs. Tout comme elle quand elle changeait de porteur pour changer de quartier. Il fallait parfois le faire pour sa sécurité. Les humains ayant une nette tendance à nettoyer même les chiens errants dormant sur le trottoir à coups de jets d'eau puissants et insecticides.
    Bien calée, à la pointe de l'oreille canine, elle observa comment cela se passait.

    Les humains attendaient sous l'abri bus que le véhicule arrive, certains debout, d'autres assis sur le banc. Dès que les portes du bus s'ouvraient, des humains descendaient et ceux qui attendaient montaient. Facile donc! Il fallait juste trouver un humain qui puisse lui servir de porteur pour monter dans le bus.
    Ce soir, il pleuvait. Les humains s'étaient serrés les uns contre les autres sous l'abri et des bas de pantalon venaient parfois frôler le poil du chien calé sous le banc. Parce que, on a beau être une puce et savoir faire des sauts de puce, un mètre c'est tout de même beaucoup. Déjà, là, elle aura besoin de beaucoup d'essais pour arriver à ses fins.
    Elle n'avait pas beaucoup de temps. Régulièrement l'abri bus se vidait des humains et bientôt les bus cesseraient d'aller et venir dans la ville.
    C'était décidé, c'était pour ce soir! Elle prit un bon repas, ne suçant que le nécessaire pour ne pas réveiller le chien par une piqure trop appuyée et alla se percher sur le dos de son porteur. Là où régulièrement les bas de pantalon touchaient le pelage.
    Zut, zut et zut. Que des bottes, des bottines, des mollets gainés de nylon! Pas le moindre petit ourlet de pantalon. Même pas un autre chien. Il fallait attendre encore. L'abri bus se vida de ses occupants, puis se remplit de nouveau petit à petit. Il y eut maints et maints essais infructueux. Des sauts trop courts, pas assez synchronisés, pas assez rapides. Ce n'était pas si facile de changer de porteur. Et puis il y avait aussi ces matières synthétiques sur lesquelles elle glissait, ne pouvant s'accrocher ou celles qui avaient une odeur repoussante de géranium ou pire d'insecticide. Mortel ça, faut même pas essayer!
    La nuit était bien avancée à présent. L'heure du dernier bus arrivait. C'est raté pour ce soir, se dit-elle. Quand soudain, un bas de pantalon vint effleurer son poste de guet. De la laine, pas d'odeur funeste, et, à la bonne distance, il ne fallait pas hésiter plus. Hop! Hop! Hop! En trois sauts ce fut chose faite. Résistant à la tentation de gouter à l'humain, elle se fraya un chemin jusqu'au niveau du genou. Par un petit trou, elle se glissa à l'extérieur du tissu et se cala sans bouger. Il était temps. L'humain venait de se lever du banc et montait dans le bus.
    Elle y était parvenue, enfin!

    Le bus était quasi vide. l'humain n'eut aucune peine pour trouver une place assise adossée à une vitre. La belle aubaine! C'était presque trop facile. D'un bond, elle sauta sur le tissu du siège et commença son ascension vers le haut du dossier.
    Soixante centimètres à grimper. Par bonheur les fibres du synthétique étaient usées, elle pouvait s'y accrocher facilement et atteindre son objectif. Elle se cala sur une fibre noire et commença à regarder par la vitre.
    Les lumières de la ville, les humains qui allaient et venaient, toujours pressés, toujours en mouvement, se serrant parfois les uns contre les autres. Les chiens aussi, des grands, des petits, des à grands poils, de toutes les couleurs, des chiens toilettés, des chiens de salon, d'autres chiens errants ou fuyants, des fugueurs. Elle vit même un chien si petit qu'il tenait dans le sac de sa maitresse.
    Le bus roulait, s'arrêtait, roulait de nouveau. Des humains descendaient, d'autres montaient, encore et encore.
    Notre petite puce était émerveillée, tant de choses à voir, à regarder, tant de belles images. C'était magique.
    Le bus avait quitté la zone d'activité. Il roulait à présent dans une banlieue. Les rues étaient moins éclairées. Les maisons de plus en plus petites jusqu'à n'être que des pavillons entourés de coquets jardins. Le bus s'était arrêté une dernière fois et s'était vidé de tous ses occupants.

    La puce sentit une crainte monter en elle. Plus aucun moyen de quitter ce bus à présent. Il y avait longtemps que son porteur humain était descendu dans les beaux quartiers. Et elle, toute à la contemplation de la ville, ne s'était pas souciée du moyen de descendre du bus. Elle se traita d'idiote.
    Plus le choix, à présent, il lui fallait rester là, accrochée à sa fibre synthétique noire et attendre. Le bus roula plus vite. Il gagna une zone industrielle et entra dans une vaste enceinte où stationnaient des centaines d'autres bus. Le dépôt!
    C'était bien sa chance, faire tout cela pour finir dans un dépôt, dans une zone industrielle, sans chien. Elle commençait à avoir faim. Toutes ces émotions ça creuse et si elle ne mangeait pas rapidement ce premier voyage en bus serait aussi son dernier, celui dont on ne revient pas.
    Elle n'avait plus assez de force pour sauter, plus assez de force non plus pour bouger un peu plus loin, plus assez de force pour vivre. Une torpeur la prit doucement, elle se laissa couler, glisser sur le dos du siège jusqu'à l'assise. C'était bien la fin. Elle allait mourir là, dans ce bus. Pas d'autre issue pour une puce qui voulu un jour faire un voyage en bus. Elle ne le regrettait pas, c'était une belle aventure. Un peu de sel, de piquant, dans sa vie monotone de puce de chien errant. C'est toujours mieux que de finir dans les atroces souffrances provoquées par un insecticide. Résignée mais heureuse de son aventure, la puce ferma les yeux pour s'endormir à jamais.

    Brusquement un violent éclairage lui fit ouvrir les yeux. Un homme montait dans le bus et ô miracle, il était accompagné d'un chien. Un brave chien qui flairait consciencieusement chaque siège. Un bon chien de garde avec des longs poils sur le museau. Ni une, ni deux, notre petite puce ne réfléchit pas plus. Dès que le premier poil passa à sa portée, elle s'y agrippa. C'était un chien avec un maître, surtout ne pas piquer sous peine de mort immédiate. Il fallait se retenir. Tôt ou tard, le museau du chien irait toucher son maître. Et là, enfin, après un voyage en bus, elle pourrait se restaurer d'un mets délicat. Demain serait un autre jour. Demain, il lui faudrait trouver un porteur nourrisseur, un chien errant de bon aloi. Demain il y aurait d'autres aventures.

    Demain serait demain et ça, c'était bien.
    Dernière modification par bribri ; 15/11/2016 à 23h07.

  5. #5
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    Par défaut Re : Les cerisiers sont en fleurs

    J'ai trouvé la joute où ton texte aurait dû prendre place!
    Et je t'assure qu'il n'aurait pas fait pâle figure, au contraire!
    Un voyage mouvementé non dans l'infiniment petit mais abordé par le petit côté des choses puisque l'héroïne de cette aventure est une puce.
    Une approche originale et l'on suit les efforts désespérés de Puceline pour prendre le bus en fraude!
    Je crois qu'un certain nombre de fraudeurs pourraient l'envier!

    Bien sûr on pourrait te faire remarquer que le voyage en bus n'occupe qu'une petite partie du texte et du coup les impressions de la petite voyageuse sont limitées, d'autant plus que la nuit tombe...
    Les lumières de la ville, les humains qui allaient et venaient, toujours pressés, toujours en mouvement, se serrant parfois les uns contre les autres. Les chiens aussi, des grands, des petits, des à grands poils, de toutes les couleurs, des chiens toilettés, des chiens de salon, d'autres chiens errants ou fuyants, des fugueurs. Elle vit même un chien si petit qu'il tenait dans le sac de sa maitresse.
    Le bus roulait, s'arrêtait, roulait de nouveau. Des humains descendaient, d'autres montaient, encore et encore.
    Notre petite puce était émerveillée, tant de choses à voir, à regarder, tant de belles images. C'était magique.
    Le bus avait quitté la zone d'activité. Il roulait à présent dans une banlieue. Les rues étaient moins éclairées. Les maisons de plus en plus petites jusqu'à n'être que des pavillons entourés de coquets jardins. Le bus s'était arrêté une dernière fois et s'était vidé de tous ses occupants.
    Mais même réduit le voyage est intéressant et puis il y a tout ce qui précède ( l'attente du bus) et ce qui suit. Et j'ai bien aimé le regard de la puce sur qui l'intéresse au premier chef: les chiens !
    Justement s'interroger sur le point de vue adopté.
    Quel est-il?
    Celui de la puce! est-on tenté de répondre puisqu'elle ne voit ce qui l'entoure qu'au "ras du bitume", à hauteur de chien!
    Quand soudain, un bas de pantalon vint effleurer son poste de guet. De la laine, pas d'odeur funeste, et, à la bonne distance, il ne fallait pas hésiter plus. Hop! Hop! Hop! En trois sauts ce fut chose faite. Résistant à la tentation de gouter à l'humain, elle se fraya un chemin jusqu'au niveau du genou. Par un petit trou, elle se glissa à l'extérieur du tissu et se cala sans bouger. Il était temps. L'humain venait de se lever du banc et montait dans le bus.
    Choix intéressant puisqu'il permet d'offrir une vision particulière de l'environnement !
    Il faut alors utiliser des périphrases et laisser le lecteur deviner:
    Un soir que son porteur nourrisseur s'était abrité de la pluie sous le banc d'un abri bus, elle remarqua ces humains montant dans de gros véhicules bruyants et polluants.
    Avec cependant des limites: comment nommer les objets familiers dans la langue puce? Comment parler du nylon, de croquettes, de shampooings?
    L'autre solution consiste à utiliser le pont de vue omniscient et c'est le choix dès l'incipit:
    C'est l'histoire d'une puce qui, un jour, décida de faire un voyage en bus.

    Trouvant que son existence de puce n'était pas des plus excitantes, toujours le même chien, toujours le même quartier mal famé, toujours, toujours, toujours... c'était bien monotone. Notre petite puce en eut assez, elle voulut du nouveau dans sa vie.
    Bref c'est toujours le problème auquel se sont heurtés tous ceux qui ont voulu adopter le point de vue de l'autre Swift, Montesquieu, Voltaire sans oublier les auteurs de SF

    Au final, un texte qui se laisse découvrir avec plaisir, dans un style soigné.
    Ex-Modérateur de la Taverne: bénévole de mars 2010 à septembre 2016. Banni du 10/10/2016 au 10/11/2016

    <a href=http://www.casimages.com/img.php?i=130626011732867397.jpg target=_blank><a href=http://nsa34.casimages.com/img/2013/06/26/130626011732867397.jpg target=_blank>http://nsa34.casimages.com/img/2013/...1732867397.jpg</a></a>
    Merci à Zuzu pour la mise en page de mon dessin
    Je n'en démordrai pas: je suis vraiment convaincu que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis et que si on ferme son clapet, on a la liberté de tout dire ! Mais faudrait pas pousser tout de même !

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  6. #6
    Coutumier Avatar de bribri
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    Par défaut Re : Les cerisiers sont en fleurs

    Merci à toi, Modours, pour tes commentaires.

    Effectivement le voyage en bus par lui-même n'est que peu développé (c'est sans doute ce qui m'a retenue pour participer à la joute). Je m'en étais rendue compte. Lorsque j'ai essayé de l'étoffer, je me suis un peu empêtrée dans une description qui ne cadrait plus du tout avec l'esprit du texte. J'ai donc préféré revenir à ma première mouture et sa touche de fantaisie espiègle.

    Pour la petite histoire, j'ai testé ce texte auprès de mes petits neveux de 5 et 6 ans. Ils ont adoré et me voici "contrainte" de leur conter l'histoire de la puce qui voulait faire un voyage en bus à chaque fois que je les vois. L'histoire devient un conte pour pour enfants et évolue au fil du temps. Il est vrai que l'oral permet des fantaisies que l'écrit n'admet pas toujours.

    Bisous à toi

  7. #7
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    Avatar de Modours
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    Par défaut Re : Les cerisiers sont en fleurs

    C'est le début qui m'a mis la puce à l'oreille! Hi hi!
    Je comprends que ce mignon texte qui a des allures de conte peut séduire les petits et te voilà tenue désormais de jouer le rôle de Shéhérazade et tu as signé pour un CDD de 1001 nuits !
    Dernière modification par Modours ; 20/11/2016 à 17h47.
    Ex-Modérateur de la Taverne: bénévole de mars 2010 à septembre 2016. Banni du 10/10/2016 au 10/11/2016

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  8. #8
    Coutumier Avatar de Galvanix
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    Par défaut Re : Les cerisiers sont en fleurs

    Bribri, quelle qualité d'écriture...

    J'aime beaucoup !
    Les mots sont des armes quand les actes sont des batailles, et les choix des pertes sèches tant qu'on ne les assume point...

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    Dernier message: 24/06/2007, 17h06

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